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Aufsatz · Prises de position (CFQF) 3/2002/2002

La recherche sur les cellules souches embryonnaires

Kapitel 1 von 8S. 1–18›
Angaben zum Werk
Zeitschrift
Prises de position (CFQF)
Band
3/2002
Sprache
Französisch
Zitiervorschlag
Commission nationale d’éthique dans le domaine de la médecine humaine, La recherche sur les cellules souches embryonnaires, in: Prises de position (CFQF) 3/2002/2002, S. 1–18
— S. 1 —

Prise de position n° 3/2002 Berne, juin 2002

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Impression

Editeur: Commission nationale d’éthique pour la médecine humaine NEK-CNE

Direction de la production: lic. phil. Georg Amstutz

Graphique, layout et production: Integral MC, Bienne

Illustration: Malatelier Hans et Edith Christen

Impression: Witschi & Co, Nidau

Adresse de référence: secrétariat NEK-CNE, OFSP, 3003 Berne

Contact: [email protected]

Le rapport est publié en français, allemand et italien.

© Berne, juin 2002

Reproduction sous mention de la source

La Commission remercie tout particulièrement le groupe de travail NEK-CNE-«ellules souches» pour son travail rédactionnel. Le groupe était composé des membres de la Commission suivants: Dr. Carola Meier-Seethaler, Dr. Ruth Baumann-Hölzle, Prof. Sabina Gallati, Prof. Alexandre Mauron, Dr. Brigitte Weisshaupt.

La Commission nationale d’éthique pour la médecine humaine remercie les très nombreuses personnes et institutions qui, directement ou indirectement, ont participé à l’élaboration de ce document:

lic. phil. Markus Christen (Atelier Pantaris, Bienne) pour son travail rédactionnel et le projet des chapitres I et II,

Prof. Dr. med. Peter H. Burri (Université de Berne) pour ses conseils professionnels, les cantons de St. Gall et du Tessin et la ville de Bellinzone pour leur hospitalité lors des séances de la Commission en janvier et en mai 2002,

Csongor Kozma et Margrit Bourqui pour leur soutien administratif.

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Avant-propos

Il n’y a pratiquement aucun thème en recherche biomédicale qui, ces dernières années, a soulevé autant l’enthousiasme des chercheurs, attiré l’attention du monde politique et nourri la réflexion morale du public que la recherche sur les cellules souches embryonnaires. Ces cellules sont porteuses d’espoir dans le traitement de maladies graves réputées incurables, comme les maladies de Parkinson ou d’Alzheimer, le diabète sucré, ainsi que pour le traitement des séquelles d’infarctus du myocarde ou de la paralysie résultant de lésions de la moelle épinière. Une nouvelle ère de la médecine se profile à l’horizon, avec un nouveau concept de traitement, la réplication de cellules et de tissus de remplacement in vitro. On parle d’une «médecine régénérative», une médecine dans laquelle la biotechnologie permet de fabriquer des pièces de remplacement qui vont ensuite être intégrées à l’organisme malade. La cellule souche embryonnaire paraît posséder la faculté particulière de générer des tissus de remplacement vivants particulièrement variés – elle est en quelque sorte la «bonne à tout faire» de la biologie cellulaire.

Mais toute médaille a son revers. Pour récolter ces cellules souches embryonnaires, il faut détruire un embryon humain cinq jours après la fécondation. Les cellules souches constituent, en effet, la partie de l’embryon qui, au cours du développement dans l’utérus, deviendra un fœtus. A cet espoir de développer des thérapies et de voir progresser la médecine clinique s’oppose une valeur morale, la protection de l’embryon humain. Il en découle un dilemme éthique qui soulève des questions difficiles.

Ainsi, des questions fondamentales surgissent-elles avec une acuité accrue et dans un cadre concret et nouveau. Quand commence le droit à la protection de la personne humaine? Que vaut la vie d’un blastocyste face aux espoirs mis dans des thérapies qui impliquent sa destruction? De quelle forme de médecine parle-t-on? La perspective de guérir les maladies est-elle une raison suffisante pour faire fi de réserves morales? Quelles peuvent être les conséquences prévisibles et les répercussions moins immédiates pour la culture et la société? Comment le droit et la loi devraient-ils intervenir dans ces débats?

Les premières percées expérimentales qui ont montré que les cellules souches embryonnaires pluripotentes peuvent générer les tissus humains les plus divers ont été publiées à l’automne 1998 par James A. Thomson et al. (Embryonic Stem Cell Lines Derived from Human Blastocysts, Science 282 (1998): 1145–1147). Depuis lors, de nouveaux concepts apparentés sont apparus. Il s’agit de la déprogrammation biochimique de cellules souches adultes, c’est-à-dire que les cellules souches du type voulu sont prélevées sur l’organisme du patient, technique à laquelle peut être associé le transfert d’un noyau dans une cellule énucléée, appelée clonage thérapeutique. Enfin, on a envisagé le recours à la parthénogenèse, qui consiste à produire, à partir d’un ovule, des organismes semblables à des embryons (appelés corps embryoïdes) qui n’ont pas la faculté de se développer et sur lesquels des cellules souches sont prélevées, sans qu’il soit besoin de détruire un embryon. En outre, les techniques utilisant des cellules souches peuvent être associées aux thérapies géniques et à d’autres méthodes pour créer de nouveaux concepts conduisant à des nouveaux traitements. Un grand nombre d’équipes de recherche travaillent, à travers le monde comme en Suisse, sur ces données expérimentales pour mettre au point des applications thérapeutiques. En faisant progresser nos connaissances sur le processus de la différenciation cellulaire, elles font avancer la biologie cellulaire fondamentale.

Ainsi, les acteurs du débat éthique se voient confrontés, comme jamais auparavant, à une des questions concrètes et porteuses de promesses pour la recherche et la thérapie. La recherche sur les embryons en tant que telle a d’ailleurs déjà fait l’objet de discussions, les dernières d’entre elles figurant dans le rapport du Committee of Inquiry into Human Fertilisation and Embryology (1984), que présidait la philosophe Mary Warnock. Des discussions ont abouti, en Allemagne, à la loi sur la protection de l’embryon (1990) et, en Suisse, à l’art. 24 novies de l’ancienne Constitution (nouvelle CF 119) et finalement à la loi sur la médecine de reproduction, entrée en vigueur en 2001. Tous ces débats, où le concept de la recherche sur les embryons gardait — S. 4 —encore un caractère abstrait, allaient néanmoins amener une clarification, utile aujourd’hui: D’un côté, il convient de faire la différence entre une recherche à but utilitaire et la recherche conduite dans l’intérêt de l’embryon. Dans ce dernier cas, celui-ci est lui-même l’objet de l’observation (p. ex. pour l’amélioration d’une fécondation in vitro). A l’évidence, il existe une différence de taille entre la recherche qui consomme des embryons et celle qui simplement les observe. Le prélèvement des cellules souches embryonnaires à des fins de recherche appartient clairement à la catégorie des recherches utilitaires et consommatrices d’embryons. C’est précisément cette catégorie de la recherche sur les embryons qui suscite le plus de réserves morales et les plus sérieuses d’entre elles.

Il n’est donc pas surprenant que, depuis l’année 2000, le projet de groupes de recherche suisses, créés pour travailler sur des cellules souches embryonnaires importées de l’étranger, ait soulevé de violentes critiques. A l’automne 2001, après avoir procédé à une réflexion sur le plan interne, le Fonds national de la recherche a défini les conditions nécessaires pour qu’il accepte d’apporter son soutien à la recherche en matière d’importation de lignées de cellules souches embryonnaires.

La Commission nationale d’éthique en matière de médecine humaine (CNE-NEK) créée en été 2001 a, dans sa séance constitutive, traité en priorité la question de l’importation des cellules souches embryonnaires. Le 19 septembre, elle a publié une prise de position argumentée, destinée aux décideurs concernés et qui allait précéder la décision du Fonds national du 26 septembre 2001 (Bulletin des médecins suisses 82 (2001): p. 2522ss). La CNE indiquait qu’il s’agissait d’une question éthique fondamentale d’une grande portée et qu’il ne suffisait pas de simplement de répondre à la question d’autoriser ou d’interdire l’importation des cellules souches, ni de prendre une décision provisoire. Il fallait d’abord clarifier les bases éthiques et légales qui se rapportent à la récolte des cellules souches embryonnaires devenues surnuméraires après une fécondation in vitro, la source des cellules souches embryonnaires dont il est ici question. Dans un même temps, la CNE-NEK a entrepris de préparer le matériel permettant de répondre à l’ensemble des questions qui se posent à propos de l’usage de ces cellules souches. La présente prise de position (3/2002) rapporte maintenant les conclusions de la CNE-NEK sur les questions fondamentales pertinentes à l’emploi des cellules souches embryonnaires.

De son côté le Conseil fédéral a lancé, le 22 mai 2002, une procédure de mise en consultation d’un avant-projet de loi sur la recherche sur les embryons, destiné à réglementer la recherche impliquant des cellules souches embryonnaires humaines. La présente prise de position de la CNE-NEK a été élaborée indépendamment de cet avant-projet et antérieurement à sa rédaction. L’avant-projet et la prise de position de la Commission d’éthique doivent donc être discutés comme deux avant-projets indépendants, qui peuvent se servir de référence mutuelle. Le fait que, sur des points essentiels, il y ait concordance avec l’avant-projet de loi étaie l’esprit de la réglementation. La position de la CNE-NEK a été établie après une analyse autonome et indépendante, effectuée du seul point de vue de l’éthique. D’autres opinions que celles qui forment l’avis de la CNE-NEK restent également ouvertes à la discussion et elles sont en partie exprimées dans les avis des minorités que l’avis de notre commission présente ici. Enfin, la loi en préparation concerne la recherche sur les embryons en général, alors que, dans sa prise de position, la CNE-NEK se limite au thème des cellules souches embryonnaires.

Ainsi, la CNE-NEK espère contribuer à un débat ouvert et objectif sur les questions éthiques que soulève la réglementation de ce nouveau domaine de la recherche médicale. Les divergences d’opinion ne doivent pas être escamotées d’entrée de jeu, mais elles doivent être réellement mises en lumière et traitées soigneusement l’une après l’autre. La légitimité démocratique d’une loi est fondée sur la qualité et la transparence du débat public qui précède sa promulgation. De façon naturelle, la CNE-NEK participera également à la procédure de mise en consultation par une analyse du texte du projet de la loi sur la recherche sur les embryons.

Berne, 19 juin 2002, Christoph Rehmann-Sutter, président CNE-NEK

— S. 5 —

Membres de la Commission nationale d’éthique en matière de médecine humaine

Andrea Arz de Falco, Dr theol., maître-assistante à l’Institut interdisciplinaire pour l’éthique et les droits de l’homme de l’Université de Fribourg; présidente de la CENH

Christiane Augsburger, directrice de l’Ecole la Source à Lausanne

Ruth Ella Baumann-Hölzle, Dr theol., cheffe de l’Institut interdisciplinaire pour l’éthique dans la santé publique, Dialog Ethik, Zurich

Alberto Bondolfi, Dr theol., professeur d’éthique théologique à l’Université de Lucerne et chef du centre pour l’éthique médicale à l’Université de Zurich.

Jean-Claude Chevrolet, Professeur et médecin-chef de la Division des soins intensifs de médecine, Hôpital cantonal universitaire de Genève

Johannes Fischer, Dr. theol., professeur d’éthique religieuse et chef de l’Institut d’éthique sociale de l’Université de Zurich

Carlo Foppa, PhD, éthicien, CHUV Lausanne

Sabina Gallati, Dr. phil. nat., professeure de génétique moléculaire médicale et de biologie moléculaire et cheffe de la génétique moléculaire humaine à l’Hôpital de l’Isle à Berne

Olivier Guillod, Dr en droit, professeur de droit civil et directeur de l’Institut de droit de la santé à l’Université de Neuchâtel

Daniel Hell, Dr med., professeur de psychiatrie clinique et chef de clinique à la clinique psychiatrique universitaire de Zurich.

Silvia Huber, Stellenleiterin der Kontaktstelle für Selbsthilfegruppen SG, AR, AI à St.Gall

Silvia Käppeli, PhD, Dr phil., cheffe du centre de développement et de recherche en soins infirmiers de l’Hôpital universitaire de Zurich

Margrit Leuthold, Dr phil. II, secrétaire générale de l’Académie suisse de la science médicale (ASSM), Bâle

Jean Martin, PD, Dr med., médecin cantonal et privat-docent à l’Université de Lausanne

Alexandre Mauron, Dr sc. Nat., professeur de bioéthique à l’Université de Genève Carola Meier-Seethaler, Dr phil., psychothérapeute, Berne

Hansjakob Müller, Dr med., professeur extraordinaire de génétique humaine et chef du service de génétique humaine à l’Hôpital cantonal de Bâle

Judit L. Pók Lundquist, Dr med., responsable médicale de la policlinique de gynécologie de l’Hôpital universitaire de Zurich

Franziska Probst, lic. Dr., avocate, secrétaire juridique du canton de Zurich, Zurich Christoph Rehmann-Sutter, Dr phil., dipl. biol., président CNE-NEK, chef du service pour l’éthique dans les sciences du vivant de l’Université de Bâle

Brigitte Weisshaupt, Dr phil., Chargée d’enseignement de la philosophie et de l’éthique, Zurich

Administration:

Georg Christoph Amstutz, lic. phil. I, secrétaire scientifique CNE-NEK, Berne Csongor Kozma, secrétaire administrative CNE-NEK, Berne

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Sommaire

Page 7 Résumé de la prise de position

Page 9 Introduction – Le problème des cellules souches

Page 10 Faits et normes dans le temps

Page 12 Chapitre I Les faits

Page 12 1.1. Les cellules souches – connexions entre la re-

cherche et la pratique médicale

Page 16 1.2. La recherche sur les cellules souches – fondements

et méthodes

Page 19 1.3. Les cellules souches dans la pratique médicale –

possibilités et limites

Page 22 1.4. Le débat sur les cellules souches – les intervenants

et les intérêts en jeu

Page 25 Chapitre II Les normes

Page 25 2.1. Le débat sur les cellules souches – classification de

la problématique éthique actuelle

Page 29 2.2. Le débat sur les cellules souches – fondements

éthiques et inférences

Page 37 2.3. Les cellules souches et le droit – la situation en

Suisse

Page 39 2.4. Le débat international sur les cellules souches –

une comparaison interculturelle

Page 45 Chapitre III Trois modèles

Page 45 3.1. Le modèle objet

Page 47 3.2. Le modèle personne

Page 53 3.3. Le modèle respect

Page 60 Chapitre IV Recommandations

Page 60 4.1 Remarques préliminaires

Page 62 4.2 Le cadre juridique

Page 63 4.3 Options ouvertes

Page 64 4.4 L’option des embryons surnuméraires

Page 70 4.5 L’option de l’importation

Page 73 4.6 L’option de la production de cellules souches par

d’autres méthodes

Page 74 4.7 Questions supplémentaires

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Présentation du document

Le premier chapitre présente une brève introduction générale des

concepts biologiques et médicaux faisant l’objet de la prise de

position. Il décrit l’état de la recherche et les perspectives médi-

cales. Le deuxième chapitre donne une vue d’ensemble de la dis-

cussion sur l’éthique de la recherche sur les cellules souches et

sur la situation juridique internationale. Il sélectionne et présente

toutes les informations nécessaires pour comprendre les chapi-

tres III et IV.

Après les deux chapitres d’introduction et de présentation, les

chapitres III et IV reprennent l’essentiel des discussions condui-

tes au sein de la CNE-NEK. Le chapitre III vise à une structura-

tion éthique. Au lieu de partir de principes moraux ou de théories

morales, au lieu de confronter différentes traditions culturelles ou

religieuses, il est proposé trois modèles de la perception du sta-

tut moral de l’embryon humain in vitro – un modèle portant sur

l’objet, un modèle portant sur la personne et un modèle portant

sur le respect. Ils sont caractérisés en fonction des conditions et

des conséquences. Ces modèles d’appréciation ont été d’un

grand secours et ont aidé la CNE-NEK à définir sa position.

Les recommandations concernant la législation suisse sur la re-

cherche impliquant des cellules souches embryonnaires d’origine

humaine se trouvent réunies dans le chapitre IV. Au cours des

travaux, des divergences inconciliables sont apparues. Elles sont

présentées l’une après l’autre comme étant les positions de ma-

jorité et de minorité.

Résumé de la prise de position

1.Lorsqu’un embryon humain est utilisé pour récolter des cellules souches embryonnaires, il est

détruit. Les cellules de la couche interne de cet embryon doivent être prélevées. Après cette opération, les cellules continuent à vivre en culture, mais le développement de l’embryon n’est plus possible. Aux termes de la Constitution fédérale, il est interdit de féconder des ovules spécifiquement dans le but de générer du matériel pour le prélèvement de cellules souches. De même, les dons d’embryons sont interdits. Dans le cadre de la fécondation in vitro, il est récolté le nombre précis des embryons qui seront utilisés pour induire une grossesse. La Constitution fédérale interdit toute forme de clonage, par conséquent aussi le clonage thérapeutique. Il ne reste donc pour le prélèvement des cellules souches embryonnaires en Suisse que les seuls embryons qui, certes, ont été récoltés aux fins d’une fécondation in vitro et qui en principe auraient pu être implantés dans une femme, mais qui, de fait, n’ont pas pu l’être. Ceci a pu se produire parce que, entre la fécondation et l’implantation, la femme est tombée malade, a changé d’avis ou est décédée – ou parce que les embryons précoces ne pouvaient pas être implantés à cause de certaines anomalies. Dans ces cas, selon la loi sur la médecine de transplantation, les embryons peuvent soit être donnés à un autre couple pour de futures grossesses, soit être congelés et conservés. Dans ce dernier cas, ils peuvent être considérés comme des embryons condamnés à mort par la loi.

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2.Au sein de la CNE-NEK, la majorité recommande au législateur d’autoriser l’emploi de ces em-

bryons surnuméraires à des fins de recherche et de thérapie. En effet, le fait que des cellules souches sont prélevées ne change rien à la mort inéluctablement prévue de l’embryon. La CNE-NEK suggère toute une série de conditions restrictives qui doivent exclure l’utilisation de la fertilisation in vitro pour produire des embryons en surnombre en vue du prélèvement de cellules souches. Ainsi, les embryons « surnuméraires » ne doivent être utilisés pour le prélèvement des cellules souches qu’avec le consentement libre et éclairé du couple (1); la demande ne doit intervenir (2) qu’après le moment où l’embryon ne peut plus servir à une grossesse; la recherche n’est légitime que s’il s’agit (3) d’un projet scientifiquement inattaquable avec des objectifs élevés et seulement si (4) une commission d’éthique a étudié le protocole dans le sens de la protection des personnes testées et si elle a jugé qu’il ne présentait pas de risques. Les embryons, les organes, les cellules et les lignées cellulaires ne doivent pas faire l’objet de brevets et ni les embryons ni les cellules immédiatement prélevées sur ces embryons ne doivent donner lieu à des transactions commerciales. Le développement de l’embryon dans le cadre d’un projet de recherche ne doit être permis que jusqu’au stade du blastocyste.

3.Une minorité de la CNE-NEK émet un avis différent et recommande que le droit constitution-

nel sur la santé et le libre arbitre régisse aussi les embryons précoces. En conséquence, cette minorité propose d’interdire toute expérimentation consommatrice d’embryons. Aux yeux de la minorité, les embryons sont devenus artificiellement « surnuméraires ». Cette caractéristique, associée au fait que ces embryons n’ont de facto aucune perspective de développement, ne sauraient légitimer leur instrumentalisation par autrui.

4.L’établissement d’un système de contrôle du prélèvement des cellules souches embryonnaires

autorise la Suisse à exiger de l’étranger les mêmes critères pour l’importation des cellules souches. C’est pourquoi la majorité de la CNE-NEK recommande d’autoriser l’introduction de cellules souches embryonnaires, dans la mesure où il peut être prouvé qu’elles ont été récoltées dans des conditions qui sont conformes aux dispositions en vigueur en Suisse. Pour des raisons différentes, une minorité recommande l’interdiction de toute importation: d’une part, pour être cohérente avec sa prise de position sur le refus du prélèvement de cellules embryonnaires dans notre pays; d’autre part, en considérant qu’il est très difficile de contrôler les conditions de fabrication hors des frontières et qu’il serait donc préférable de se limiter à la récolte de ces cellules en Suisse. En revanche, l’unanimité se fait au sein de la Commission pour demander l’interdiction de l’importation des embryons entiers et des ovules. De même, les membres de la CNE-NEK s’accordent à penser que la solution allemande des délais n’est pas à recommander pour la Suisse.

5.La majorité de la CNE-NEK ne veut pas se prononcer sur les solutions alternatives pour le prélè-

vement des cellules souches sur des organismes semblables à des embryons (p.ex. par parthénogenèse) avant que le potentiel scientifique de ces procédés ainsi que leurs implications éthiques et sociales n’aient été étudiés à fond. Une minorité recommande que, par analogie avec le clonage thérapeutique, ces techniques soient absolument interdites.

6.Au cas où, après l’entrée en vigueur de la loi sur la médecine de reproduction, il resterait des

embryons congelés inutilisés, la CNE-NEK recommande de les traiter comme des embryons qui viennent de devenir surnuméraires. En particulier, l’accord explicite, libre et éclairé du couple à l’origine de ces embryons est nécessaire.

7.La recherche sur les cellules souches et la médecine régénérative a un impact sur l’image de

l’homme, sur les modèles culturels de l’identité humaine, sur la perception de la maladie, de l’invalidité et de la mort et il convient d’analyser ces effets. Une médecine régénérative qui promet de remplacer les organes malades ou vieillis peut modifier le caractère social de la médecine, ainsi que notre relation à la mortalité et à l’immortalité. Elle peut altérer la solidarité nécessaire à l’intérieur de la communauté aussi bien qu’à l’égard du monde. Le débat éthique doit prendre en compte ces questions.

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Introduction – le problème des cellules souches

Les cellules souches sont les «cellules-mères» des quelque 200 types de cellules dont sont constitués les mammifères (et donc les êtres humains). Elles se caractérisent par deux propriétés: elles peuvent se diviser indéfiniment et elles donnent différents types de «cellules matures», en fonction de conditions extérieures données. Ces deux facultés rendent les cellules souches intéressantes pour les applications médicales. On a de sérieuses raisons de penser que de nouvelles thérapies pourraient se développer grâce aux cellules souches. Ce sont des instruments utiles pour la recherche fondamentale. Grâce à ces recherches, on entend comprendre comment un organisme complet se développe à partir d’un ovule fécondé.

Les cellules souches sont actuellement au centre de discussions éthiques, en particulier parce que la récolte d’un certain type de cellules humaines – les cellules souches embryonnaires – implique la destruction d’embryons humains. Cependant, même avec d’autres modes de récolte, les problèmes éthiques subsistent. Au cours des débats, des principes tels que la liberté de la recherche et le devoir d’assistance sont opposés à la nécessité de garantir la protection de la dignité humaine et d’autres principes. Des questions se posent: en quoi la recherche sur les cellules souches porte-t-elle atteinte à la dignité humaine? Quelle valeur accorder à la liberté de la recherche et au devoir d’assistance dans les débats éthiques concernant la recherche sur les cellules souches?

Les problèmes éthiques que soulève la recherche sur les cellules souches ne peuvent pas se régler d’un simple oui ou non à cette recherche. D’une part, il existe différents types de recherche sur les cellules souches et différents points de vue éthiques pour en juger. D’autre part, ce secteur de la recherche touche à des domaines scientifiques et médicaux connexes. Enfin, les arguments éthiques avancés à propos de la recherche sur les cellules souches se retrouvent dans une série d’autres controverses sur la médecine et la recherche. Le présent rapport analyse ce réseau de faits et de jugements sous l’angle de l’éthique.

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Les faits et les normes en fonction du temps

Zygote:L’AXE DES FAITS On appelle zygote un ovule Il se produit ensuite d’autres divi-Le blastocyste: le blastocyste se fécondé. La fécondation est un sions cellulaires. A ce stade, le forme aux environs du 5e jour suiprocessus qui dure entre 12 et 24 principe de base est que chacune vant la fécondation. Il comprend heures (lors de la fécondation, le des cellules peut se développer en deux types de cellules: la couche spermatozoïde pénètre dans un organisme complet (cellules cellulaire externe, qui formera le l’ovule, puis vient le stade préfu- totipotentes). chorion avant de générer le plasionnel, qui est suivi de la fusion centa, et la masse cellulaire

des noyaux). On parle de zygote interne qui deviendra l’embryon. après la formation du pronucléus. Les cellules prélevées en labora-Ce processus se déroule normaletoire sur les groupes de cellules ment dans le corps de la femme, internes peuvent produire presque dans les trompes. tous les types de cellules (cellules

souches pluripotentes). Ce prélèvement implique la destruction du blastocyste.

La vie:L’AXE DES NORMES Dans toutes les Potentialité: Le zygote a L’animation: Dans les Individualité: Au cours du théories éthiques, l’an- la potentialité de se dé- théories éthiques religi- développement, il arrive imé a un statut supérieur velopper pour devenir un euses (que les Eglises un moment où les celluà l’inanimé. L’ovule non être humain (lorsque les chrétiennes ont emprun- les de l’embryon précoce fécondé et les spermato- circonstances sont favotées à Aristote), l’anima- ne peuvent plus que forzoïdes possèdent déjà rables). Certaines théo- tion joue un rôle impormer un individu (ou une vie cellulaire. La vie ries éthiques voient là un tant, comme marquant le même plusieurs individus organique commence argument important en début de la vie propre- jumeaux). La formation avec la formation d’un faveur de la protection ment humaine. D’après de jumeaux est possible organisme. Ainsi, la «vie de l’embryon, qu’elles ces théories, en effet, jusqu’au 14e jour suivant humaine» peut désigner considèrent comme une l’être humain existe dès la fécondation. Dans ceraussi bien des cellules personne potentielle. l’animation. Selon les retaines théories éthiques humaines qu’un orgaligions, l’animation inter- religieuses, l’individuanisme humain en forma- vient à un moment diffé- tion constitue une étape tion ou adulte. rent qui va du jour 0 importante.

(lors de la fécondation)

aux environs du 80e jour.

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La nidation (ou implanta- Fin du stade embryon- Fin du stade embryon- Par la suite, on parle de tion): au 7e jour suivant naire précoce: après le naire: le terme «em- fœtus. Le fœtus possède la fécondation se produit 15e jour suivant la fécon- bryon» n’a pas une ac- une forme humaine visila nidation de l’embryon dation, trois feuillets em- ception uniforme en méble à l’œil nu. Les organes dans la muqueuse de bryonnaires se déve- decine. Généralement, croissent et l’organisme l’utérus – une étape imloppent. Les trois types on entend par stade emmûrit. En cas d’avorteportante pour sa survie. cellulaires dont est conbryonnaire la phase al- ment spontané ou provo-Sans nidation, l’embryon stitué l’organisme hulant de la naissance du qué, il est possible de meurt. main sont alors présents. zygote à la formation des prélever des cellules sou-

Certains pays (p. ex. différents organes (8e se- ches dites multipotentes l’Angleterre) autorisent la maine après la féconda- sur l’embryon expulsé.

recherche embryonnaire tion). Ce stade corres-Ces cellules multipotentes jusqu’à ce stade. pond à la dixième se- peuvent générer les diffémaine de grossesse, se- rentes cellules propres à lon la datation habituelle un tissu donné. Enfin, on du début de la grossesse, trouve les cellules souches calculée d’après les der- adultes aussi bien chez le nières règles. fœtus que chez l’être humain après sa naissance. Les cellules souches adultes sont également multipotentes.

Instrumentalisation: Dès que la re- Personne: Les théories éthiques Continuité: Le zygote se développe cherche se fait sur des cellules entendent chacune quelque chose en un être humain selon un proembryonnaires, ces cellules se de différent par le terme de «per- cessus continu. Certaines théories trouvent instrumentalisées à des sonne». Par contre, il est clair pour éthiques en tirent argument pour fins données, notamment l’accrois- toutes que la «personne» jouit limiter au minimum des lignes de sement des connaissances en vue d’une protection éthique particuli- démarcation significatives du point d’une intervention thérapeutique ère: dès que l’embryon (ou le fœ- de vue éthique.

future. La plupart des théories tus ou le nourrisson) a le statut de

éthiques demandent que cette in- personne, il a droit également au

strumentalisation soit justifiée. respect de sa dignité humaine.

L’interdiction d’une instrumentali-Savoir si le droit à la protection

sation pure et simple de l’être hu- existe plus tôt (c’est-à-dire pour la

main est au cœur de la protection personne potentielle) reste contro-

de la dignité humaine. Mais les versé.

opinions divergent sur le moment

à partir duquel l’embryon jouit du

droit à la protection de la dignité

humaine.

— S. 12 —

Chapitre I: LES FAITS

Les jugements éthiques devraient s’appuyer sur une connaissance aussi complète que possible des données factuelles. Cela ne signifie pas que le jugement découle quasi automatiquement des faits, ni même qu’il varie chaque fois que les faits se modifient. L’examen des faits doit surtout permettre d’ouvrir le débat sur les véritables problèmes éthiques qui se posent. Cette partie factuelle comprend donc un aperçu des domaines qui, à un titre ou un autre, sont en connexion avec la recherche sur les cellules souches, puis une brève analyse de ce qu’est vraiment la pratique de la recherche sur les cellules souches et une évaluation des perspectives – avant tout médicales – qu’elle offre. Cette première partie du rapport tente également d’identifier les différents groupes d’intérêts qui pourraient jouer un rôle dans le débat. Le panorama est complété par une étude du potentiel économique que représente cette recherche. Enfin, il est procédé au recensement des points significatifs sur le plan éthique qui entreront en jeu dans l’appréciation ultérieure du problème.

1.1.Les cellules souches – connexions entre la recherche et la pratique médicale

La recherche sur les cellules souches est un domaine de la biolo-Ontogenèse: Développement gie qui connaît des avancées spectaculaires et qui, ces dernières d’un organisme depuis la fécon- décennies, s’est fixé plus particulièrement les objectifs suivants: dation de l’ovule jusqu’à la ma-

1)l’analyse des mécanismes de la transmission du patrimoine turité sexuelle.

héréditaire; 2) l’examen des processus biochimiques et de leurs mécanismes de contrôle dans les systèmes vivants; 3) la recherche sur l’ontogenèse d’un organisme. A signaler, la focalisation sur le niveau moléculaire des processus. Les succès de ces pro-Réductionnisme: Il existe diffécédés, quelquefois qualifiés de «réductionnistes» sont indéniarentesformesderéduction- bles, en particulier en génétique. Ses répercussions révolutionnisme. Ici, il s’agit de la concep-

nent la médecine: les mécanismes d’action des maladies sont détion selon laquelle l’examen des

processus au niveau molécusormais connus avec une précision encore jamais atteinte. Cerlaire suffit à expliquer les mala- tains domaines de la biologie moléculaire ont maintenant le stadies. tut de pratique médicale reconnue ou même économiquement

utile. Autre fait d’importance: les frontières entre la recherche sur les cellules souches et d’autres domaines ne coïncident pas exactement avec les frontières fixées par l’éthique. Mais la mise en évidence des connexions entre la recherche et la pratique médicale fournit d’utiles renseignements et donne une vue plus claire de la problématique.

La recherche sur les embryons

La recherche sur les embryons fait partie de la biologie du développement, qui étudie les mécanismes du développement allant de l’ovule fécondé jusqu’à l’organisme complet. C’est l’une des questions les plus fascinantes, mais en même temps les plus difficiles, — S. 13 —de la biologie d’aujourd’hui. Comprendre comment les cel-

lules se spécialisent ou meurent au cours de l’ontogenèse est un

aspect particulièrement intéressant de cette question.

La question du choix se pose alors entre une recherche visant à

augmenter les chances de survie de l’embryon et une recherche Recherche consommatrice d’emconsommatrice d’embryons. Celle-ci peut, il est vrai, viser à aug- bryons: Un embryon (fécondé in

vitro) est utilisé pour la récolte menter les chances de nidation, mais c’est au prix de la perte de

de cellules souches, ce qui eml’embryon. En fait, elle sert plutôt à l’acquisition de connaissanpêche la poursuite de son déveces générales. A quelques exceptions près, la recherche sur les loppement.Parcontre,lavie embryons est conduite sur les embryons d’animaux. Objective- cellulairedelacellulesouche

continue.

ment, la recherche sur les embryons ne peut pas être mise sur le

même plan que la recherche sur les cellules souches. Celle-ci uti-

lise les apports de la recherche sur les embryons, surtout pour les

cellules souches embryonnaires. Néanmoins, du point de vue

éthique, les questions qui se posent dans la recherche consom-

matrice d’embryons et dans la recherche sur les cellules souches

embryonnaires sont comparables.

Recherche sur le clonage

Depuis «Dolly», la recherche sur le clonage fait l’objet d’une atten-

tion qui ne s’est jamais relâchée, jusque dans le grand public. Ce-

pendant les découvertes concernant la brebis clonée ne représen-

tent qu’une partie de ce domaine scientifique qui porte essentiel-

lement sur la réplication génétique. Dans la nature, le clonage dé-

signe une forme largement répandue de reproduction asexuée

d’êtres vivants. Par exemple, les boutures de plantes, les jumeaux

monozygotes sont des clones «naturels». Dans la recherche, on Clone: Groupes de cellules ou distingue trois formes de clonage: la copie d’inserts, de gènes et individus génétiquement identi-

ques, issus d’une même cellule. de cellules – technique standard du génie génétique actuel – la

production d’embryons multiples à partir de cellules totipotentes

prélevées sur un embryon au stade précoce et le clonage par

transfert de noyau, qui consiste à introduire dans un ovule énu-

cléé le noyau d’une cellule somatique avec tout son patrimoine gé-

nétique. «Dolly» est le produit de cette troisième forme de clo-

nage. La performance scientifique a été de faire retourner le pa-

trimoine génétique d’une cellule spécialisée à son «état primitif»,

ce qui lui a permis de produire à nouveau un organisme complet.

Cette troisième forme de clonage ouvre deux possibilités en mé- En fonction de l’objectif du clodecine: d’une part, elle offre en principe la possibilité d’une nou- nage, on distingue deux cas:

1) le clonage reproductif: Les

velle forme de médecine de la reproduction. Ce processus nommé embryons sont produits pour clonage reproductif est très controversé et des efforts internatio- être ensuite transplantés naux visent son interdiction globale. D’autre part, ce processus de dans l’utérus. L’objectif est la

reproduction.

transfert du noyau cellulaire permettrait de donner naissance à un

2) le clonage thérapeutique:

embryon possédant le même patrimoine génétique qu’un adulte, Les embryons sont produits évitant ainsi les réactions de défense du système immunitaire. pour que soient prélevés sur Des cellules prélevées sur cet embryon pourraient alors être utili- euxdescellulessouchesà

des fins thérapeutiques.

sées en médecine des cellules souches (voir chapitre1.3). On con-

çoit donc aisément les liens qui existent entre le clonage théra-

peutique et la recherche sur les cellules souches, mais non entre

le clonage reproductif et la recherche sur les cellules souches.

— S. 14 —

Du point de vue éthique, les questions qui se posent sont néanmoins comparables: dignité humaine, mort d’embryons nés du clonage thérapeutique ou détruits au cours de la recherche sur le clonage.

Médecine de la reproduction

La médecine de la reproduction couvre tous les aspects de la reproduction humaine (p. ex. le traitement de l’impuissance), mais ce qui a fait débat dans le public, c’est tout particulièrement la re-In vitro (du latin: dans le production médicalement assistée (fécondation in vitro) qui a abverre): Terme technique qui dé- outi, en 1978, à la naissance du premier «bébé éprouvette». Les signe les manipulations scienti-

méthodes de cette médecine sont toujours plus sophistiquées. fiques faites sur du matériel

biologique hors de l’organisme Du point de vue éthique et juridique, elles sont globalement conhumain. sidérées (hormis le clonage reproductif) comme des interven-

tions humaines justifiées dans le processus de la reproduction des êtres humains (et des animaux domestiques). Mais l’utilisation de ces méthodes pour dépister chez le produit de la conception certains traits indésirables en cas de grossesse est plus problématique. Si les formes de diagnostic prénatal comme l’échographie et les tests génétiques permettant de détecter des mala-Diagnostic préimplantatoire: Exa- dies graves ne sont plus guère contestées, le diagnostic préimmengénétiqued’unembryon plantatoire fait aujourd’hui l’objet tout particulier de débats viruné d’une fécondation artificielle,

lents. Enfin, les méthodes de contrôle des naissances relèvent effectué avant la transplanta-

tion dans l’utérus pour détecter aussi de la médecine de la reproduction. Celles qui conduisent à des causes de maladies. la mort indirecte de l’embryon ont une incidence éthique particu-

lière. Il s’agit notamment du stérilet et de la «pilule du lendemain», mesures de contraception dont le mécanisme d’action n’est pas encore totalement clair, si ce n’est qu’elles empêchent notamment la nidation de l’embryon dans l’utérus. L’interruption volontaire de grossesse n’est généralement pas considérée comme une méthode de contrôle des naissances, mais, en fait, elle a un lien avec le diagnostic prénatal, puisqu’elle est très souvent la conséquence des découvertes réalisées à cette occasion.

La recherche sur les cellules souches a un double lien avec la mé-Il peut y avoir des embryons decine de la reproduction: d’une part, les découvertes issues de la surnuméraires lorsque: manipulation des embryons sont également utiles à la recherche

–un blastocyste qui a été déve-

sur les cellules souches. D’autre part, les méthodes de la médeloppé présente des anomalies

considérées comme une con- cine de la reproduction génèrent des embryons «surnuméraires», tre-indication médicale à l’im- qui, pour différentes raisons, ne peuvent plus être implantés dans plantation de l’embryon. le corps d’une femme. En Suisse, la loi (constitution fédérale et loi

–une patiente meurt, tombe

malade, a un accident ou re- de 2001 sur la médecine de la reproduction) prévoit qu’il ne denonce à l’implantation, ce qui vrait plus y avoir aujourd’hui d’embryons surnuméraires, mais laisse des embryons «orphe- dans la pratique on ne peut pas totalement exclure leur produclins».

tion. La médecine de la reproduction fournit donc de facto des En Suisse, les embryons qui ont

été congelés avant l’entrée en ressources à la recherche sur les cellules souches embryonnaires. vigueur de la loi sur la repro-

duction ne seront pas conser- Du point de vue éthique, la médecine de la reproduction pose une vés au delà de la fin de l’année

2003. série de problèmes, tels l’accès aux dons de sperme, d’ovules et

d’embryons et leur organisation, ou le droit systématique à connaître l’identité des parents génétiques, etc. En règle générale, — S. 15 —ces problèmes se posent différemment dans la recherche sur les

cellules souches, si l’on excepte les mesures de contrôle des nais-

sances ayant pour conséquence la mort d’un embryon. La mani-

pulation des embryons surnuméraires est assurément un do-

maine controversé proche. La question se pose par exemple de

savoir si la mort, ou l’adoption, de ces embryons se justifie.

Médecine de la transplantation

Les immenses progrès réalisés en médecine de la transplantation

au cours de ces dernières années ont mis en évidence un impor-

tant problème éthique: les possibilités de cette médecine restent

très sous-exploitées, en raison de la pénurie d’organes compati-

bles. Les autres problèmes éthiques connexes (problématique de

la mort cérébrale, questions du don par une personne vivante et Don par une personne vivante: de l’accès équitable aux greffons) sont connus et font l’objet de Prélèvement de cellules et d’or-

ganes sur des personnes vivandébats publics.

tes, avec leur accord. Exemples: les dons de moelle os-Il existe un lien particulier entre la recherche sur les cellules sou- seuse, d’alvéoles hépatiques ou

pulmonaires.

ches et la médecine de la transplantation. Cette dernière met be-

aucoup d’espoir dans les cellules souches, et en particulier dans

le génie tissulaire et les «cultures d’organes» issues de la méde- Génie tissulaire: Technique mécine des cellules souches et du clonage thérapeutique. Toutefois, dicale qui a pour objectif la cré-

ation ciblée de tissus (p. ex. il existe encore un autre rapport avec la médecine de la trans- prélever de la peau pour guérir plantation. En effet, le «matériel» de la recherche sur les cellules des brûlures).

souches (ovules et sperme) est prélevé sur des donneurs vivants.

Il n’est pas exclu que des cellules comme les ovules, dont le pré-

lèvement est particulièrement délicat, puissent, un jour, devenir

plus facilement disponibles grâce au don d’ovaires. Par ailleurs, la

xénotransplantation est devenue une «concurrente» de la future Xénotransplantation: Transmédecine des cellules souches. Pour l’heure, les risques – par plantation de tissus ou d’orga-

nes étrangers. Pour les huexemple d’infections virales – liés à ces transplantations ne peu-

mains, on tente par exemple de vent pas encore être évalués avec précision, de sorte que la mé- modifier génétiquement des decine des cellules souches devient ici porteuse de nombreux es- porcs, dont les organes seraient

ensuite mis à la disposition de poirs.

la médecine de la transplantation.

Le génie génétique / Thérapie génique

La recherche sur les cellules souches n’a, à priori, rien à voir avec

le génie génétique. Ce dernier sert à analyser ou à modifier les

substances héréditaires clés, l’ADN. Le patrimoine héréditaire des

cellules souches reste, en général, intact, sauf lorsqu’on l’analyse

–pour des raisons scientifiques ou diagnostiques – ou lorsqu’on

veut utiliser des cellules souches pour une thérapie proprement

génique. On pourrait ainsi prélever les cellules souches anorma-

les d’un patient, les traiter par thérapie génique et les réimplan-

ter. La thérapie génique pourrait ensuite être utilisée dans certai-

nes formes de la médecine des cellules souches. Enfin, il faudrait

vérifier si l’information génétique d’une lignée de cellules souches

est digne de protection. On touche ici au problème du «protection

des données génétiques», qui fait déjà l’objet d’un débat dans le

cadre de l’analyse du génome.

— S. 16 —

Contrôle de l’efficacité et de la toxicité

On espère pouvoir tester, à l’avenir, l’efficacité et la toxicité des substances chimiques, particulièrement des médicaments, non plus sur des êtres humains, mais sur des cellules souches.

Bibliographie

Voir chapitre 1.3

1.2.La recherche sur les cellules souches – fondements et méthodes

Le corps d’un organisme est constitué d’un grand nombre de cellules différentes, toutes issues d’un seul ovule fécondé. Un pro-Différenciation cellulaire: On cessus de différenciation fait que toutes la gamme des cellules désigneainsileprocessusde «matures» est issue de quelques cellules souches. Comme les orspécialisation d’une cellule. Ce-

ganes – en particulier la peau, les cheveux, le sang et les mului-ci est piloté par une cascade

très bien réglée de signaux chiqueuses – se renouvellent constamment, ils possèdent, même à miquesenvoyésparlemilieu l’âge adulte, des cellules souches qui produisent en permanence cellulaire et le patrimoine géné- les cellules qui sont nécessaires. On peut classer les cellules soutique de la cellule. L’analyse de

ce mécanisme hautement com- ches d’après leur potentiel de différenciation ou leur origine:

plexe fait actuellement l’objet

de recherches.

Potentiel de différenciation: Origine:

Les cellules souches totipoten-Les cellules souches embryontes peuvent générer un orga- naires proviennent de l’intérinisme complet. Elles sont pré- eur du blastocyste formé aux sentes uniquement au tout dé- environs du 5e jour qui suit la but du développement embry- fécondation. Ces cellules sont onnaire. pluripotentes. On les appelle des cellules ES. Les cellules sou-Les cellules souches pluripoten- ches qui sont prélevées sur un tes peuvent produire la plupart fœtus et dites cellules germinades types de cellules d’un or- les primordiales (cellules préganisme, mais elles ne peu- curseurs des ovules et des vent plus développer un orga- spermatozoïdes) sont égalenisme complet. ment pluripotentes. On les ap-

pelle cellules EG.

Les cellules souches multipo-

tentes peuvent encore produire Des cellules souches adultes le type de cellules qui compose sont présentes dans l’orgaun tissu ou un organe donné. nisme adulte. Ce sont, pour la plupart, des cellules multipo-Enfin, les cellules souches pro- tentes et progénitrices. Les celgénitrices peuvent produire un lules souches, équivalant à des seul type de cellules. cellules souches adultes, peuvent aussi être prélevées sur un fœtus mort.

— S. 17 —

Il est important de savoir que la potentialité d’une cellule souche Parthénogenèse: Développen’est pas définie une fois pour toutes. Elle dépend beaucoup du mentd’individuscompletsà

partir d’ovules non fécondés. «milieu» cellulaire. C’est pourquoi on étudie aujourd’hui la possibi-C’est par exemple le cas chez lité de retransformer les cellules souches adultes en cellules pluri- les fourmis ou les abeilles. Cepotentes, voire totipotentes. Par ailleurs, il existe des tentatives pendant, chez les mammifères,

les amas cellulaires résultant de pour obtenir des cellules souches en contournant le stade de «l’em-

la parthénogenèse ne sont pas bryon classique». Il s’agit, par exemple, de la parthénogenèse et viables.

du transfert du plasma d’un ovule dans une cellule corporelle nor-

male (transfert ooplasmatique). Les cellules analogues à des em- Cytoplasme: Partie de la cellule

qui est située à l’extérieur du bryons qui sont obtenues par ces méthodes ne peuvent pas se dé- noyau. Le plasma ne contient velopper. On sait encore très peu sur ces solutions alternatives. donc pas les informations géné-

tiques du noyau.

La recherche sur les cellules souches souches étudie les facteurs qui

distinguent ces cellules des autres et le déroulement des proces-

sus de différenciation. L’une des tâches pratiques importantes de

cette recherche est de produire des cultures de cellules, appelées

lignées cellulaires. Pour ce faire, on a recours à des «cellules ad-

juvantes», nécessaires à la survie des cellules souches. Jusqu’à

présent, il a été utilisé des cellules animales pour créer des lignées Lignée cellulaire: Culture de celde cellules souches d’embryons humains. Mais ces cellules anima- lulesforméesàpartird’une

même cellule souche.

les ne sont pas utilisables pour des applications cliniques, dans la

mesure où la contamination virale ne peut pas être exclue.

La recherche sur les cellules souches a une histoire longue d’une

bonne vingtaine d’années. La plupart des recherches ont jusqu’ici

été menées sur des cellules animales. Du point de vue éthique,

cette recherche relève donc de la problématique de l’expérimen-

tation sur les animaux. Cependant, l’utilisation des animaux ne

présentant pas de différences dans la recherche sur les cellules

souches et dans les autres domaines de la recherche biomédicale,

le sujet ne donne pas lieu à un chapitre séparé dans le débat éthi-

que actuel. Jusqu’à présent, ce sont particulièrement des cellules

souches embryonnaires de souris qui ont servi à la culture des lig-

nées cellulaires. Ces cellules possèdent une remarquable capacité

de division: certaines lignées cellulaires de souris sont cultivées

depuis plus de dix ans et ont conservé leur capacité de différenci-

ation. Une grande partie des travaux sur les cellules souches em-

bryonnaires de souris sont consacrés à la création de modèles ani-

maux transgéniques pour la recherche sur les maladies. Des cel-

lules souches embryonnaires humaines ont été prélevées et culti-

Modèles animaux transgévées pour la première fois en 1998. Au cours de ces dernières an- niques: Animaux de laboratoire nées, la recherche dans ce domaine a connu une forte expansion génétiquement modifiés dont le (voir le chapitre 1.3) et il existe désormais un certain nombre de patrimoinegénétiquecontient

du matériel génétique étranger. lignées de cellules souches humaines. La législation de certains

pays (p. ex. celle des Etats-Unis) autorise les travaux sur des lig- Lignées de cellules souches hunées cellulaires existantes, mais interdit la production de nouvel- maines: Onneconnaîtpasle

nombre exact des lignées de les lignées. Une telle argumentation pose néanmoins des problè-

cellules souches humaines mes éthiques, car le statut éthique des cellules souches embryon- existant actuellement. En août naires ne saurait dépendre de la date de leur production. 2001,leNationalInstituteof

Health des USA avançait le chiffre de 78 lignées (USA 27; Su-En Suisse, la recherche sur les cellules souches joue un rôle non ède 25; Inde 10; Corée 6; Ausnégligeable. Elle est en particulier pratiquée aux universités de tralie 6; Israël 4).

— S. 18 —

Thèmes des recherches en cours Genève et de Bâle. Seul un groupe travaille actuellement sur des sur les cellules souches en Sui- cellules souches embryonnaires humaines à Genève. Le prosse (entre autres): Les cellules

souches sanguines (prélevées gramme national de recherche «Implants et Transplants» (PNR dans le sang du cordon ombili-46) apporte une contribution importante. Sept de ses 24 projets cal), les cellules souches de la portent sur la recherche sur les cellules souches au sens strict. Le musculature cardiaque et de la

PNR 46 étudie également les questions sociales, juridiques et éthirétine, les cellules souches neu-

rales. ques de ce domaine de recherche.

En fait, ces questions sont extrêmement nombreuses. Du point de vue éthique, le problème central est le fait que l’embryon est détruit lors du prélèvement des cellules souches embryonnaires. Mais même là, la situation diffère selon les cas. Quand les cellules souches sont prélevées sur un blastocyste, l’embryon est détruit. Au contraire, pour les cellules souches prélevées sur des cellules souches primordiales, l’embryon meurt non pas à cause de la recherche dans laquelle il est impliqué, mais à cause d’un avortement spontané ou provoqué. Dans une certaine mesure, la science tire parti d’une mort. Le prélèvement des cellules souches hématopoïétiques ou adultes n’induit pas la mort d’un organisme. Mais la potentialité des cellules est également à prendre en compte: si l’on réussissait à reprogrammer des cellules souches adultes pour leur rendre leur totipotence, on aurait à nouveau affaire à un «être humain potentiel». Il se pose en outre toute une série d’autres problèmes, directement liés au contexte du prélèvement et de l’utilisation des cellules souches (voir encadré). Le jugement porté dépend chaque fois du point de vue éthique où l’on se place.

Quelle: nek-cne.admin.ch · Prises de position (CFQF) 3/2002/2002