La recherche sur les cellules souches embryonnaires
- Zeitschrift
- Prises de position (CFQF)
- Band
- 3/2002
- Sprache
- Französisch
Paralogisme naturaliste: Dans
tout argument éthique, il concondamnation de certains faits naturels ne suffit pas à justifier vient de se référer également à une éthique. Dans le dernier cas, on se rendrait coupable du «paun principe moral ou à une va- ralogisme naturaliste». Le célèbre «argument probant» de l’éthileur, faute de quoi, on commet le
paralogisme naturaliste. que dit simplement qu’il n’est pas possible de tirer des règles mo-
rales à partir de simples processus naturels.
Il est par exemple intéressant d’observer, en matière de problématique des cellules souches, que la société tolère ouvertement certaines méthodes de contraception telles que le stérilet qui empêche la nidation de l’embryon dans l’utérus et entraîne indirec-Ethique normative: Comment tement sa destruction. Ce sera la tâche de l’éthique normative justifions-nous nos représenta- d’appliquer aux cellules souches les conclusions tirées de ce constions morales?
tat. Son but est de faire une analyse critique de la morale ambiante et d’expliquer les raisons des représentations des morales ambiantes ou alternatives. C’est à cette fin que les théories éthiques ont été développées au fil du temps.
Méta-éthique: Comment se dé-La méta-éthique s’intéresse, elle, aux éléments et aux formes finit la langue de l’éthique? linguistiques des énoncés moraux. Ainsi, il est intéressant de re-
lever les mots qui sont introduits dans le débat sur les cellules souches, pour transmettre subrepticement certaines conceptions.
Il est possible de subdiviser l’éthique non seulement selon l’approche, mais aussi selon le domaine d’application. Cela se pra-Bioéthique: La branche de tique très fréquemment aujourd’hui, à preuve les «éthiques à l’éthique visant à apprécier la rallonge» (éthique économique, éthique génétique, éthique valeur morale des interven-
écologique, etc.). Il n’est pas nécessaire de créer une «éthique tions de toute sorte dans la vie
humaine, animale ou végétale. des cellules souches», il suffit de noter que la problématique
des cellules souches relève de la bioéthique ou de l’éthique médicale.
— S. 31 —Les trois théories éthiques modernes, qui sont brièvement résu- Ethique médicale: Branchede mées ci-dessous, se révèlent d’une importance déterminante dans l’éthiquevisantàapprécierla
valeur morale des activités méles débats éthiques actuels. Elles sont à la base des modèles qu’uti- dicales. L’éthique médicale et la lise la CNE-NEK pour se déterminer sur la problématique des cellu- bioéthique se recoupent en bien les souches. La première est l’utilitarisme, créée par les philosophes des points.
anglais Jeremy Bentham et John Stuart Mill. Il y a ensuite la con-
ception du philosophe allemand Emmanuel Kant, également appe-
lée «éthique du devoir». Enfin, viendra la conception du «profond
respect de la vie» du théologien et médecin Albert Schweitzer.
L’utilitarisme, développé au XIXe siècle, est une conception de L’utilitarisme Se fonde sur les l’éthique dont l’influence sur l’économie et le libéralisme a été et conséquences possibles des ac-
tions et évalue celles-ci en tereste considérable. De façon simplifiée, l’idée de base est la sui-
nant compte du bonheur atteint vante: une action est moralement bonne si elle crée «le plus ou de l’allégement de la soufgrand bonheur du plus grand nombre», ou si elle allège le plus france («pesée de l’utilité»). de souffrance possible. Pour le débat actuel, l’utilitarisme est im-
portant à plus d’un titre: si le «bonheur» n’entre pas exactement
dans le propos, l’allégement de la souffrance, dont la douleur
physique est l’une des formes les plus élémentaires, est un des
objectifs essentiels de l’utilitarisme. Le bonheur est par ailleurs
lié à des caractéristiques qui permettent (comme la souffrance)
d’en faire l’expérience. Le bonheur n’ayant pas de définition uni-
que, les droits fondamentaux jouent un rôle important dans la
mesure où ils permettent à l’individu de poursuivre sa propre re-
présentation du bonheur. Enfin, l’utilitarisme délibère longue-
ment sur «la pesée de l’utilité». On s’arrête sur les effets des ac-
tes, le principe implicite étant que ces effets sont éthiquement
comparables et sont à mettre en balance. En abordant la pro-
blématique des cellules souches sous l’angle de l’utilitarisme, les
délibérations porteront sur l’utilité; de plus on accordera de
l’importance aux droits fondamentaux et l’on introduira le soula-
gement de la souffrance comme critère éthique essentiel.
L’éthique élaborée par Emmanuel Kant passe pour l’une des théo- La morale kantienne du devoir: ries éthiques les plus influentes des temps modernes. Simplifiée, Une action est bonne si elle suit
un principe qui est bon en soi. l’idée de base de cette conception est qu’une action est morale-
L’homme a le devoir de respecment bonne si elle suit des principes qui sont bons en soi et qui ter ce principe.
peuvent s’appliquer à toute l’humanité. L’interdiction du men-
songe est un exemple de principe et de devoir universel. Des
motifs extérieurs à la morale tels que le «bonheur» ne sont pas,
pour Kant, de bons critères pour juger de la valeur morale d’une
action. La conception de Kant suppose l’autonomie de l’être hu-
main, qui est un être responsable. Le retentissement actuel de
la théorie kantienne tient à ce qu’elle rend compte de la notion
de dignité humaine. L’homme ne doit jamais être instrumenta-
lisé par autrui. Concernant la dignité humaine, la science porte
tout au moins le fardeau de la preuve, puisqu’il est avéré qu’elle
La dignité humaine: Tout
utilise les embryons comme un moyen pour parvenir à ses fins homme est une fin en soi. Utili-(la recherche). Le fait que les embryons sont des êtres humains serautruicommeunmoyen, potentiels devient également significatif. La pensée Kantienne c’est attenter à sa dignité.
conduit à s’interroger sur la dignité humaine due ou non à l’em- La fin: But auquel on tend vo- — S. 32 —Respect de la vie:Attitude fon- La conception du «profond respect de la vie» est orientée diffédamentale qui est à la base de remment. Albert Schweitzer développa cette conception sous l’acte moral.
bryon. lontairement. – Ruth Baumann-Hölzle: «Import ja – Herstellung nein? Überlegungen zu einem fragwürdigen Entscheid im Umgang mit Stammzellen». NZZ, 6/7 avril 2002. – Eve-Marie Engels: «Ethische Aspekte der Gewinnung und Verwendung menschlicher embryonaler Stammzellen». In: TA-Zwischenbericht «Menschliche Stammzellen». Avril 2002. – Johannes Fischer: «Pflicht des Lebensschutzes nur für Menschen. Eine theologische Betrachtung der Embryonenforschung». NZZ, 12 septembre 2001. – Margrit Harbort: «Dreh- und Angelpunkt der Genom-Debatte bleibt der Begriff der Person». Schweizer Akademiker- und Studentenzeitung, 27 mars 2002. – Emmanuel Kant: «Métaphysique des mœurs». Flammarion 1994. – Wilhelm Korff et al.: «Lexikon der Bioethik». Gütersloher Verlagshaus 1998. – Hermann Geissbühler: «Wird der Mensch zum Ersatzteillager? Rechtliche Schranken für Forschung an embryonalen Stammzellen». NZZ, 15 août 2001. – Ulrike Riedel: «Der erschlichene Embryo». FAZ 17 mai 2001. – Rainer Schweizer: «Rechtsfragen der Arbeiten mit menschlichen Stammzellen». In: TA-Zwischenbericht «Menschliche Stammzellen». Avril 2002. – Rapport en vue de la procédure de consultation relative à la «Convention européenne pour la protection des droits de l’Homme et la dignité de l’être humain à l’égard des applications de la biologie et de la médecine». Septembre 1998.
l’influence d’une expérience élémentaire de la nature. Le précepte de base pourrait se résumer ainsi: «le bien, c’est de conserver la vie et de la favoriser; le mal, c’est de détruire la vie ou de la contrarier.» Ce précepte ne peut cependant pas fonder une éthique du type kantien. En effet, la valorisation indifférenciée de la vie devenue valeur suprême entraîne immédiatement des conflits insolubles, en raison des formes de vie qui se détruisent mutuellement pour survivre. Le «profond respect de la vie» se présente plutôt comme une attitude fondamentale et il cherche moins que les deux autres théories à établir un critère pour dis-Respect: Terme qui a différentes tinguer sans équivoque le comportement moralement bon de ceacceptions en morale: lui qui est mauvais. Dans la discussion actuelle, l’approche du
1) observance de tous les faits «profond respect de la vie» est intéressante à plus d’un titre: Elle relevant de la morale;
2)marque de respect donnée à s’accorde avec une vision du monde à caractère religieux ou «hoautrui et due à la valeur oblistique». Elle permet un large débat sur la notion de «respect». jective qui revient à tout être Dans le débat sur les cellules souches, la position du «profond vivant;
respect de la vie» s’opposera dans son principe à tout système de
3)marque de respect à l’égard
de la dignité humaine. lignes de démarcation du type «à compter du Xe jour, il est permis de...».
Dans cet ordre d’idées, il faut assurément faire mention de Hans Responsabilité: Obligation d’as-
sumer les conséquences de ses Jonas qui concède une place centrale au concept de «responsabiactes, dans la perspective de se lité» et le met en relation avec ceux de «respect», «sollicitude» soumettre au jugement de ses et «humilité». Hans Jonas est de l’avis qu’une génération ne doit contemporains.
pas procéder à des interventions irréversibles sur l’être humain, étant donné qu’elle ne pourra plus endosser la responsabilité pour de telles actions et que de ce fait la liberté des générations futures s’en trouvera réduite. Selon Jonas, l’homme doit regagner le respect pour ce que l’être humain était et est sur la base de la réaction d’effroi ressentie devant l’homme qu’il pourrait devenir.
Ces trois théories ne couvrent évidemment pas tout l’éventail des approches présentes dans le débat sur les cellules souches. Parmi les «grandes absentes», les théories éthiques féministes, les thé-Tradition halachique: Enseigne- ories éthiques de la vertu et celles qui s’appuient sur des traditions ment juridique rabbinique, s’ap- religieuses telle la tradition halachique ou la théologie de la mopuyant sur la Tora.
rale. Celles qui sont exposées suffisent toutefois à introduire les modèles qui ont servi de canevas à la CNE-NEK pour l’élaboration de sa prise de position.
Sur le conseil de Giovanni Maio, éthicien de la médecine, la question-clé se pose en ces termes: dans quelles catégories le droit à la protection de l’embryon est-il justifié et sur quels postulats se fondent les jugements qui sont portés?
Empirisme: Connaissances ac-
quisesparl’expérience. En matière de postulat, Maio distingue entre les justifications qui «Guidé» par l’empirisme signi-
fie de ce fait que l’on s’oriente à découlent d’une théorie et celles qui sont induites empiriquel’expérience. ment. La justification découlant d’une théorie part du principe
qu’un embryon mérite d’être protégé parce qu’il est un but en soi et qu’il est une valeur en soi. Selon cette forme de justification, — S. 33 —la valeur de l’embryon est ontologique, c’est-à-dire qu’elle réside
dans l’être en tant que tel. La justification induite empiriquement
postule qu’un embryon a droit à la protection s’il possède certai-
nes caractéristiques démontrables, telle la capacité de ressentir
la douleur.
Maio présente ci-après trois modèles qui se rapportent aux théo- Personne: Terme philosophique
utilisé dans différentes accepries éthiques présentées. Il appelle le premier, «modèle per-
tions. En éthique, est une personne». Il est axé sur la dignité humaine que nous devons ga- sonne celui qui agit moralerantir à l’embryon. On part du principe que le droit à la protection ment. est un acquis qui ne se modifie pas au cours du développement
de l’embryon. Dans ce modèle, les arguments-clés sont la conti-
nuité, la potentialité et l’appartenance à l’espèce (cf. encadré).
Ce modèle ne dérive pas directement du kantisme, mais il en est
proche. Le deuxième, que Maio appelle le «modèle objet», consi-
dère l’embryon comme un objet dépourvu du droit à la protec-
tion. Ce n’est pourtant pas un «blanc seing éthique» qui est
donné à la recherche, car la violation d’autres biens (par ex. dans
le contexte du don de l’embryon) demande toujours des délibé-
rations. Les principaux arguments sont la duplicité morale, la
personne et l’identité. En ce sens, ce modèle se rattache aux thé-
ories utilitaristes.
«L’embryon est-il un être humain ou un objet?» Telle semble être
la question-clé retenue pour ces deux premiers modèles. Maio
propose une alternative: le «modèle respect». Dans ce dernier, le
droit à la protection croît à mesure que l’embryon se développe.
En même temps, il postule que la vie embryonnaire la plus pré-
coce a droit au respect et que sa mort n’est tolérable que dans
des situations de détresse. Ce modèle se rapproche de la con-
ception de Schweitzer ou d’une approche holistique de la réalité.
— S. 34 —Les principaux arguments du débat sur les cellules souches
Argument de la «rupture de digue»: ce n’est pas, à proprement parler, un argument éthique. On l’emploie quand on a mis en place des restrictions éthiques qui agissent à la façon de digues. Si elle est entamée par une règle d’exception, la digue tout entière peut céder ou même entraîner la rupture de digues connexes, même si l’éventualité n’avait pas été envisagée lorsque les exceptions avaient été consenties. Cet argument est rejeté par ceux qui y voient une rigidité croissante des limites éthiques débattues plutôt qu’une «rupture de digue».
Argument de la duplicité morale: l’argument de la duplicité morale découle du postulat selon lequel les principes éthiques doivent pouvoir être universels et qu’ils ne doivent pas être opposés. D’après cet argument, il ne doit pas y avoir de différence de traitement pour deux comportements ou deux situations qui sont d’égale valeur d’un point de vue éthique. La difficulté de cet argument est de savoir quand il y a égalité de valeur.
Argument de l’appartenance à l’espèce: selon cet argument, l’appartenance à une espèce donnée, humaine dans le cas d’un embryon humain, détermine d’emblée le statut éthique de l’embryon. Cet argument peut avoir un fondement religieux, par ex. l’affirmation que tout être humain est doté d’une âme, ce qui lui confère un statut particulier. Pour les détracteurs de cet argument, l’appartenance à l’espèce n’est pas une raison suffisante pour déterminer le statut éthique d’un être vivant (ce qui s’appelle l’«espécisme»), pas plus d’ailleurs que l’appartenance à un sexe.
Argument de l’identité (numérique): selon cet argument, l’embryon doit être protégé dès qu’il a une identité humaine. Concrètement, cela signifie que tant qu’on ne peut exclure la formation de jumeaux, l’embryon n’a pas encore d’individualité (ni donc d’identité) et qu’il ne bénéficie donc pas de la protection à laquelle il aura droit par la suite. La validité de la potentialité est contestée par les critiques de cet argument.
Argument de la continuité: cet argument part du principe que le développement de l’ovule fécondé jusqu’à l’état d’être humain est un processus continu et qu’il faut de ce fait s’en tenir au strict minimum de «lignes de démarcation éthiques». La question controversée est de savoir si la fécondation doit être la seule démarcation ou si on peut en accepter d’autres (par ex. la nidation de l’embryon).
Argument de la personne: il existe deux variantes de cet argument de la personne. L’argument empreint d’utilitarisme part du principe 1) que la personne jouit d’une protection morale particulière et 2) qu’il existe des caractéristiques permettant d’identifier la personne. Sont cités comme exemples la conscience de soi et la mémoire. Dans cette variante, la personne peut ne pas être un être humain et il peut y avoir des êtres humains qui ne sont pas des personnes (selon les critères retenus). L’argument marqué par le kantisme se range sous le point 2 non du fait de propriétés indirectement empiriques, car c’est l’autonomie de l’être humain qui fait de lui une personne. Certains éthiciens reconnaissent le statut de personne à tous les hommes et associent cet argument à celui de l’appartenance à l’espèce. D’autres présentent un modèle «personne» modifié qui autorise une gradation progressive, qui est fonction des propriétés empiriquement constatées. La difficulté concerne le choix de la définition du terme et le choix des propriétés qui serviront à définir la «personne», et dès lors, il reste ensuite à déterminer si l’embryon est une personne.
Argument de la potentialité: selon cet argument, l’embryon doit être protégé non pas pour ce qu’il est, mais pour ce qu’il peut devenir (soit un être humain). Les conditions requises par cette potentialité ne sont pas claires: par ex. un embryon ne peut se développer que lorsqu’il peut disposer d’un utérus. Si cet argument est pris à la lettre, un ovule non fécondé serait réputé un «être humain potentiel» quand il est «en présence» de spermatozoïdes. D’aucuns jugent l’argument de la potentialité non valide pour l’embryon qui a été conçu hors du corps de la mère et à d’autres fins que la reproduction.
— S. 35 —Les principales considérations pour et contre la recherche sur les cellules souches
Les partisans de la recherche sur les cellules souches craignent qu’en renonçant à cette recherche, ...
… le devoir d’assistance ne soit pas rempli. L’argument s’appuie sur la possibilité que la recherche sur les cellules souches permette de nouveaux développements médicaux. Dans cet esprit, le devoir d’assistance oblige à entreprendre des recherches dans ce domaine, afin de pouvoir offrir à l’avenir des thérapies qui soulageront les souffrances des patients. Cet argument a donc une note utilitariste (soulagement de la souffrance). Les détracteurs de l’argument objectent que d’autres valeurs (telle la dignité humaine) priment sur le devoir d’assistance, ou, d’un point de vue pratique, ils déplorent que le potentiel médical soit nettement surestimé et que par ex, des fonds soient bloqués pour la recherche qui seraient utiles dans d’autres domaines.
… la liberté de la recherche soit violée. L’argument, qui est présenté comme un principe fondamental de notre système des valeurs, se réfère en fait à la curiosité et à la soif de connaissances qui sont partie intégrante de l’être humain. La liberté de la recherche a des points communs avec la théorie utilitariste ainsi qu’avec la théorie kantienne. Ni les partisans, ni les détracteurs ne considèrent la liberté de la recherche comme la valeur suprême. Les détracteurs considèrent cependant que, dans le cas de la recherche sur les cellules souches, la liberté de la recherche doit clairement passer au second plan.
Les adversaires de la recherche sur les cellules souches craignent qu’avec une autorisation libéralement accordée à la recherche sur les cellules souches,…
… la dignité humaine soit bafouée. L’argument part du principe que l’embryon a droit à la dignité humaine dès la fécondation et que l’être qui jouit de la dignité humaine a droit à la vie. Vu que la recherche sur les cellules souches consomme des embryons, qui de ce fait sont utilisés par autrui pour parvenir à ses fins, ils sont instrumentalisés et leur dignité humaine est bafouée. L’interdiction de tuer s’applique par analogie. Les détracteurs de cet argument doutent que les embryons jouissent du droit à la dignité humaine.
… il se produise une intervention injustifiée dans des processus naturels et que la protection de la vie soit défaillante. L’argument postule que la raison d’être d’un embryon est son développement jusqu’à l’état d’être humain et que les processus de la vie doivent être respectés, toute intervention dans ces processus nécessitant une justification probante. Si la fécondation in vitro favorise des processus naturels, la recherche sur les cellules souches les détourne clairement de leurs fins et cette dernière doit donc être rejetée ou alors admise avec de sérieuses réserves. L’argument découle du respect de la vie (humaine en devenir). Ses détracteurs objectent que l’action humaine intervient souvent dans des processus naturels pour des motifs valables et que la recherche sur les cellules souches est un motif valable.
— S. 36 —«Bébés à naître» ou «amas cellulaires»?
Les débats éthiques passent par les mots et les mots peuvent détourner ou brouiller le sens. Dans les domaines délicats, tout particulièrement, on est parfois tenté d’employer les mots qui servent sa propre cause et d’éviter ceux qui la desservent, étant entendu par le biais des émotions que l’utilisation de ces mots déclenche chez l’auditeur. Nous entrons ici dans le domaine de la psychologie publicitaire, à laquelle ont recours les différents groupes de lobbying. Avant de porter un jugement sur la problématique des cellules souches, il faut être conscient des problèmes liés à l’usage de la langue, même s’il est impossible de les éviter totalement. A titre d’exemple:
La vie humaine: la «vie» est un terme qui a une charge positive, que l’adjectif «humain» vient encore renforcer. L’affirmation selon laquelle la recherche sur les cellules souches détruit la vie humaine assure dès lors un mauvais départ, du moins d’un point de vue psychologique, aux partisans de ce domaine de recherche. La raison? Les faits apparaissent plus clairement si nous analysons le terme «vie». La biologie distingue entre les processus cellulaires et les processus organismiques. Toute cellule – même un ovule non fécondé ou un spermatozoïde – vit, au sens d’une vie cellulaire. Un organisme vit au sens d’une vie à la fois organismique et cellulaire. Si l’embryon est détruit lors de la récolte de cellules souches, la vie des différentes cellules se poursuit, mais le développement vers une vie organismique s’interrompt. «Humain», pour le biologiste, signifie simplement que les cellules proviennent d’êtres appartenant à l’espèce homo sapiens. Le biologiste ne souscrirait donc pas forcément à la phrase selon laquelle la recherche sur les cellules souches détruit la vie humaine. Or, dans l’acception populaire, la «vie humaine» a un aspect organismique – l’esprit voit un être humain et non pas une cellule. Les détracteurs de la recherche sur les cellules souches (et de l’IVG) forcent le trait en parlant de «bébés à naître». Les partisans de la recherche sur les cellules souches, de leur côté, affectionnent le terme d’»amas cellulaires». Or, les deux formules s’éloignent du fond du problème éthique.
Le clonage thérapeutique: le clonage thérapeutique est considéré comme un futur domaine d’application de la recherche sur les cellules souches. L’idée de base serait de produire certains types de tissus, voire d’organes, à partir de cellules souches en vue de transplantations ultérieures. En biologie, le «clonage» a depuis longtemps un sens clairement délimité: la duplication d’organismes ayant un patrimoine génétique identique. Dans la langue courante, cependant, le terme évoque une pléthore d’associations qui vont jusqu’à la science fiction. Les développements récents ont encore accentué la connotation négative de ce terme, raison pour laquelle un adjectif à charge positive, «thérapeutique», a été ajouté. Certains scientifiques préféreraient abandonner définitivement le mot «clonage», proposant comme alternative la «thérapie par transfert de noyau». Les détracteurs du clonage thérapeutique, quant à eux, soulignent encore le caractère instrumental du clonage thérapeutique en désignant comme «stock de pièces de rechange» les embryons clonés à des fins thérapeutiques – le terme est clairement négatif dans ce contexte.
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–Wilhelm Vossenkuhl:»Der ethische Status von Embryonen. Einige notwendige
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