La recherche sur les cellules souches embryonnaires
- Zeitschrift
- Prises de position (CFQF)
- Band
- 3/2002
- Sprache
- Französisch
Applications cliniques possibles de la recherche sur les cellules souches
La recherche sur les cellules souches connaît actuellement de tels changements qu’il est difficile d’en dresser un tableau complet. Plutôt qu’une vue d’ensemble exhaustive, voici quelques exemples d’applications qui font actuellement l’objet d’expériences ou de travaux cliniques. Nous ne reviendrons pas sur les thérapies dans le domaine des cellules souches sanguines.
Les cellules souches dans les thérapies du diabète: Dans certaines formes de diabète, les cellules qui fabriquent l’insuline meurent dans le pancréas. C’est la maladie du métabolisme la plus fréquente au monde. Les chercheurs espèrent obtenir des cellules productrices d’insuline à partir de cellules souches afin de les transplanter ultérieurement. Ils sont déjà parvenus à récolter ces cellules sur des cellules souches adultes humaines et sur des cellules souches embryonnaires de souris.
Thérapies des maladies cérébrales: Différentes maladies du cerveau se traduisent par la détérioration ou la destruction de cellules nerveuses (p. ex. Alzheimer, Parkinson, chorée de Huntington – et également les attaques cérébrales). Les chercheurs espèrent pouvoir remplacer les cellules nerveuses détruites par des cellules souches. La maladie pour laquelle on possède l’expérience la plus vaste est actuellement la maladie de Parkinson. Quelque 250 patients ont déjà été traités avec des cellules souches prélevées sur des fœtus provenant d’interruptions de grossesse volontaires ou non. D’autres concepts en sont encore au premier stade expérimental.
Les cellules souches pour régénérer les tissus du muscle cardiaque: Un infarctus provoque la mort de cellules musculaires cardiaques. Les chercheurs espèrent trouver, grâce à la recherche sur les cellules souches, une thérapie pour régénérer le muscle cardiaque. En Suisse, l’unique équipe qui travaille sur les cellules souches embryonnaires humaines va dans ce sens. D’autres chercheurs travaillent à la régénération des vaisseaux sanguins qui alimentent le muscle cardiaque.
Des scientifiques travaillent en outre à des possibilités thérapeutiques pour les maladies autoimmunes (maladies dans lesquelles le système immunitaire d’un sujet attaque ses propres tissus), à la culture des cellules de la peau, à la régénération des cellules rétiniennes et à la culture des tissus pulmonaires.
— S. 22 —Bibliographie sélective
–Basler Zeitung, Dossier «Stammzellen», 12 juin 2001.
–Alois Gratwohl, «Stammzellen: Zeit für eine nüchterne Betrachtung», Schweizerisches medizinisches Forum (35), 29 août 2001.
–Bärbel Hüsing et al., «Menschliche Stammzellen», Rapport intermédiaire TA, avril 2002.
–Natalie De Witt/ Jonathan Knight, «Biologists Question Adult Stem-Cell Versability», Nature, 416 (2002): 354.
–Institut suisse TA, dossier d’informations «menschliche Stammzellen», février 2002.
–The European Group of Ethics in Science and New Technologies, «Adaption of an Opinion of Human Stem Cell Research and Use», janvier 2001.
–Site internet du Programme national de recherche, «Implantate und Transplantate», http://www.nfp46.ch/
–Andrew E. Wurmser/ Fred H. Gage, «Cell Fusion Causes Confusion», Nature 416 (2002): 485–487.
1.4.Le débat autour des cellules souches – les intervenants et les intérêts en jeu
Dans un débat, des intérêts se cachent souvent derrière les arguments des intervenants. C’est pourquoi, avant de se prononcer sur la problématique éthique des cellules souches, il faut considérer les groupes d’intérêts représentés dans le débat (voir encadré, p. 23) et les aspects économiques de la recherche dans ce domaine. Cependant, de l’avis de la majorité des experts, le chemin qui mène à la commercialisation des applications est encore long et semé d’embûches.
Intérêts économiques
Entreprises engagées dans des Comme on peut le lire dans «Cellules souches humaines», le raptravauxsurdescellulessou- port intermédiaire de l’Institut suisse TA, l’importance économique ches humaines en Suisse (sour-
ces: Rapport du Centre XXX, de la recherche sur les cellules souches (humaines) se situe à trois Novartis): niveaux. Au premier niveau, la recherche et les entreprises pro-
– Novartis (2 projets de recher- ches de la recherche utilisent des moyens techniques spécifiques che sur des cellules souches
produits par des fournisseurs externes. Ces sociétés travaillent embryonnaires humaines,
aux Etats-Unis et en Autriche) dans les biotechnologies «normales». Au deuxième niveau, certai-
– BeFuturBiotechnologiesSA, nes entreprises cherchent à développer de nouvelles thérapies im-Genève, New York, Montréal pliquant des cellules souches humaines. Elles se situent surtout (cellules souches adultes)
–Modex Therapeutics, Lau- dans les domaines du sang ombilical et du développement de tissanne (système de remplace- sus de remplacement pour la peau, les os et le cartilage humains. ment de la peau) La plupart de ces entreprises ont déjà des produits sur le marché
–Cell Culture Technologies
ou procèdent aux derniers tests cliniques. Au troisième niveau, SARL, Zurich (cellules mam-
mifères) des entreprises se fixent directement pour objectif le prélèvement
– CistronicsCellTechnology, et la caractérisation des cellules souches humaines. Les plus con-Zurich (cellules mammifères) nues sont deux firmes américaines: Geron et Advanced Cell Technology, qui firent la une des journaux, début 2002, avec leurs essais de clonage thérapeutique. Ces entreprises ne disposent pas encore de produits prêts à commercialiser.
En Suisse, peu d’entreprises travaillent essentiellement ou marginalement sur les cellules souches humaines. Sur les trois géants — S. 23 —pharmaceutiques, seul Novartis a annoncé avoir en cours
deux projets de recherche sur les cellules souches humaines,
pour lesquels le conseil d’éthique de l’entreprise est consulté.
Il existe des évaluations chiffrées de l’ampleur et du développe-
ment du marché des cellules souches humaines. Elles sont à
prendre avec circonspection. Les études prévoient un essor ful-
gurant du «marché des cellules souches», mais d’autres sources
relativisent ces prévisions (p. ex. FAZ, 30.01.02).
Du point de vue éthique, il est cependant possible de repérer cer-
tains domaines problématiques: la commercialisation de la re-
cherche sur les cellules souches, l’approvisionnement et les dro-
its de propriété concernant le matériel (cf. ovules). Le problème
des brevets a aussi une importance significative. Actuellement, il Les brevets sont un droit d’exfait l’objet de discussions surtout dans le domaine des biotechno- clusivité qui est accordé à un in-
venteur pendant un certain laps logies. Il faut s’interroger aussi sur les liens entre la recherche et
de temps pour l’ensemble de la les entreprises proches de la recherche, en particulier la création commercialisation de sa découd’une réglementation relative aux tests cliniques et l’autorisation verte – pour autant que ce droit des thérapies des cellules souches. Dans des domaines aussi ne contrevienne pas aux lois. nouveaux, les autorités de contrôle sont engagées à collaborer
avec les chercheurs. Toutefois, ce genre de conflit d’intérêts n’est
pas une exclusivité du domaine des cellules souches.
Les intérêts des participants au débat
On distingue (sans prétendre à l’exhaustivité) les acteurs suivants, chacun représentant une position éthique différente (sur les principes, voir chapitre II). Par «recherche sur les cellules souches», on entend ici recherche sur des cellules souches embryonnaires humaines:
Les institutions de recherche: Les deux principales organisations sont le Fonds national suisse et l’Académie suisse pour les sciences médicales. Toutes deux se sont prononcées publiquement en faveur du prélèvement des cellules souches sur des embryons surnuméraires au nom du devoir d’assistance et de la liberté de la recherche, qui passent ici avant la protection de la vie.
Les lobbies industriels: Jusqu’ici, les lobbies de l’industrie, comme Gen-Suisse et Interpharma, sont toujours restés très réservés sur la problématique des cellules souches. Dans d’autres débats bioéthiques (génie génétique), ils ont argué de la liberté de la recherche et du devoir d’assistance, ce qui permet de penser qu’ils défendront des positions proches à propos de la recherche sur les cellules souches. Ces milieux mettent toujours en avant comme arguments le site scientifique de la Suisse dans le domaine de la recherche et de l’industrie biomédicale. Les organisations de patients: jusqu’ici, ces organisations ne se sont exprimées que sporadiquement sur la problématique des cellules souches. L’expérience américaine montre que ce type d’organisation soutient généralement la recherche sur les cellules souches au nom du devoir d’assistance.
Les Eglises chrétiennes: La protection de la vie et la dignité humaine sont des valeurs centrales de ces Eglises. Cela se traduit par une position critique, voire un rejet net de la recherche sur les cellules souches, sujet sur lequel elles se sont déjà exprimées.
— S. 24 —Les groupements politiques, religieux et philosophiques pour la protection de la vie: Ces groupes invoquent les principes de dignité humaine et de protection de la vie pour rejeter la recherche sur les cellules souches embryonnaires. Ils relient cette problématique à d’autres domaines comme l’interruption de grossesse et la médecine de la reproduction en général.
Les groupes critiques face à la technologie: Ces groupes s’élèvent également contre la recherche sur les cellules souches. Ils craignent un développement trop rapide de la recherche sur les embryons humains, qui échapperait au contrôle du souverain, ce qui risquerait d’avoir des conséquences éthiques contestables.
Les groupements féministes: Ces groupes opposent des objections de deux ordres à la recherche sur les cellules souches: En premier lieu, la récolte des ovules comporte des risques pour la santé de la femme. En second lieu, le besoin croissant en ovules fait craindre une instrumentalisation du corps de la femme et la commercialisation de substances vivantes essentielles.
Bibliographie
–Basler Zeitung, «Dreifuss für Öffnung bei Stammzellen», 15 février 2002.
–FAZ, «Stammzellentherapie wird eine Nische bleiben», 30 janvier 2002.
–FAZ, «Der Bauchladen der Bioingenieure», 20 février 2002.
–Anke Fossgreen, «Wirtschaftliche Potenziale der Stammzellenforschung»,
Tages-Anzeiger, 30 août 2001.
–Bärbel Hüsing et al., «Wirtschaftliche Aspekte der Stammzellenforschung»,
Rapport intermédiaire de TA, Menschliche Stammzellen, avril 2002.
–NZZ, «Noch kein kommerzieller Nutzen in Sicht. Kaum Investoreninteresse für Stammzellentherapie», 29 janvier 2002.
–Thomas Potthast, «Schwarz-grüner Schulterschluss. Wie sich Lebensschützer und Feministinnen gegen die Bioethik der Neuen Mitte verbünden», Die Welt, 1er février 2002.
–Académie suisse de science médicale, «SAMW befürwortet Forschung an überzähligen Embryonen», août 2001.
–Fonds national suisse, «Positionspapier des SNF zur Verwendung von menschlichen embryonalen Stammzellen in der biomedizinischen Forschung», septembre 2001.