La recherche sur les cellules souches embryonnaires
- Zeitschrift
- Prises de position (CFQF)
- Band
- 3/2002
- Sprache
- Französisch
La recherche sur les cellules souches – les points délicats du point de vue éthique
La liste ci-dessous énumère les principaux points sur lesquels le prélèvement et la réutilisation de cellules souches embryonnaires humaines ont une incidence éthique. Les différentes positions éthiques en évaluent différemment l’importance. Certains des points cités apparaissent également dans la problématique des cellules souches adultes. Par contre, les problèmes éthiques qui ne sont pas directement liés au prélèvement ou à l’utilisation des cellules souches (p. ex. la morale à deux vitesses) ne sont pas mentionnés ici:
–Récolte du matériel ovules et sperme, embryons et fœtus provenant d’avortements, sang du cordon ombilical et cellules souches adultes. Les questions qui se posent ont trait au libre consentement et aux conditions sociales dans lesquelles ce matériel est obtenu.
–Production d’embryons in vitro: il faut distinguer ici les embryons primitivement créés à des fins de reproduction (et qui deviennent par la suite surnuméraires) et ceux qui sont produits directement pour la recherche. Il faut également voir si on doit juger de la même façon la production «d’embryons» non viables récoltés pour le prélèvement de cellules souches par d’autres moyens que la fécondation (p. ex. par parthénogenèse).
–Echange d’embryons: Dans les pays où la fécondation in vitro est largement répandue, il pourrait survenir un «surplus» d’embryons. La question est de savoir si une forme d’échange peut être autorisée ou non.
–Destruction d’embryons (en général des blastocystes): Ce point est celui qui soulève le plus de problèmes éthiques.
–Constitution de banques de cellules souches: ce point pose la question du financement et du commerce et des cultures de cellules souches, ainsi que le droit de propriété.
— S. 19 —–Les brevets: Il serait possible de breveter les techniques, les cellules ou éventuellement des cellules souches génétiquement modifiées. Dans quelle mesure cela constitue-t-il un obstacle à la recherche ou une atteinte à la dignité humaine?
–Coût de la médecine des cellules souches: cette médecine pourrait alourdir le coût du système de santé - ou au contraire l’alléger.
Bibliographie
Voir chapitre 1.3
1.3.Les cellules souches dans la pratique médicale – possibilités et limites
La recherche sur les cellules souches tire une grande partie de sa
légitimité de l’espoir qu’elle pourra développer de nouvelles for-
mes de thérapies pour des maladies à forte prévalence comme
les pathologies du cœur, du cerveau ou le diabète. En se fondant Modèles animaux: En règle gésur les modèles animaux, on peut dire aujourd’hui, avec un cernérale, aujourd’hui, animaux tain degré de certitude, que les cellules souches multipotentes se génétiquement modifiés de fa-
çon à reproduire certaines maprêtent bien à la thérapie somatique. En expérimentation ani-
ladies humaines.
male, des cellules souches neurales ont pu composer partielle-
ment des dommages de la moelle osseuse, et des précurseurs de Cellules souches neurales: Précellules musculaires cardiaques ont été utilisés pour réparer des curseursdescellulesdu
système nerveux comme les lésions cardiaques. La recherche fait actuellement des découver- cellules nerveuses elles-mêmes tes continuelles dans ce domaine, même si la vraie thérapie des ou les cellules de soutien (dites cellules souches embryonnaires n’existe pas encore. cellules gliales).
On ne sait pas encore exactement aujourd’hui si les différents ty-
pes de cellules souches se prêtent également au développement
de thérapies. Les cellules souches adultes sont souvent considé-
rées comme une solution au dilemme éthique que pose le prélè-
vement des cellules souches embryonnaires. Mais des recherches
récentes ont quelque peu déçu les espoirs (De Witt / Knight
2002; Wurmser / Gage 2002). C’est une des raisons pour les-
quelles les chercheurs ne veulent pas renoncer à l’option des cel-
lules souches embryonnaires humaines. Ils évoquent que les dé-
couvertes ayant conduit à la «reprogrammation» des cellules
souches adultes émanent de la recherche sur des cellules sou- Reprogrammation signifie ici le
retour d’une cellule à «l’état ches embryonnaires. D’importantes découvertes ont également
embryonnaire» afin qu’elle reété faites à partir de cellules souches embryonnaires de prima- devienne pluripotente.
tes, mais les conditions n’étaient pas tout à fait comparables. Fi-
nalement, on ne sait toujours pas si les cellules souches embry-
onnaires sont plus indiquées que les cellules souches adultes
pour développer des stratégies thérapeutiques.
Le dernier objectif pourrait être la constitution d’une véritable
médecine des cellules souches. Trois nouveaux concepts théra- Thérapie cellulaire: Des cellules peutiques pourraient intervenir: Tout d’abord elle pourrait être en détruites ou endommagées de mesure de produire des cultures de matériau biologique sous des l’organismesontremplacées
par des cellules neuves et foncformes très variées, à des fins d’utilisation médicale. Les mots tionnelles, cultivées à partir de clés sont alors thérapie cellulaire, génie tissulaire, ou éventuelle- cellules souches.
— S. 20 —ment développement d’organes biologiques de remplacement. On pourrait envisager, par exemple, de cultiver des cellules hépatiques dans une matrice de synthèse en trois dimensions, en vue de transplantations ultérieures. Si les cellules souches provenaient de la personne concernée ou si elles contenaient son patrimoine génétique suite à un clonage thérapeutique, on éviterait les réactions de rejet, ce qui représenterait un grand succès.
Concepts thérapeutiques de la Deuxièmement, il serait possible de transplanter des cellules médecine des cellules souches: souches et de les activer directement dans le corps du patient
1)culture de tissus à partir de
afin qu’elles développent les tissus nécessaires. Troisièmement, cellules souches en vue de
transplantation; la médecine des cellules souches sera peut-être un jour en me-
2) transplantationdirectede sure de stimuler les cellules souches du corps de façon à obtenir cellules souches; une régénération des tissus, par exemple, dans le cerveau. Les
3)stimulation de cellules souches
du corps pour la formation recherches actuelles portent sur différents types de tissus (voir de tissus neufs. encadré). Il n’est pas encore possible aujourd’hui de prévoir quels types de cellules souches (de quelle origine) seraient utilisés pour telle ou telle forme de thérapie.
Une autre forme de médecine des cellules souches fait l’objet d’une Cellules souches hématopoïéti- application clinique depuis déjà plus de trois décennies: les cellules ques: Cellules souches qui fabri- souches hématopoïétiques. Prélevées sur la moelle osseuse (donquentlesang.Onlestrouve neur vivant), elles sont utilisées dans certaines maladies du sang dans la moelle osseuse et dans le
(certaines leucémies, etc.). Il est actuellement effectué plus de 50 sang du cordon ombilical.
000 de ces transplantations chaque année dans le monde. Selon les cas, les cellules souches proviennent du patient lui-même, d’un jumeau du patient (le cas échéant), d’un autre donneur compatible ou du sang du cordon ombilical. Du point de vue éthique, on est confronté aux problèmes (classiques) de la médecine de transplantation (consentement, etc.). Par contre, les questions liées aux cellules souches embryonnaires ne se posent pas ici.
Les expériences cliniques de la thérapie des cellules souches hématopoïétiques donnent des indications sur les problèmes que soulèvera la médecine des cellules souches: problèmes liés au Graft-versus-host: Maladie du système immunitaire (selon l’origine des cellules souches) et risgreffon contre l’hôte. Les cellu- ques possibles de la maladie du greffon contre l’hôte (Graft-verles immunitaires du tissu trans- sus-host disease). D’autres questions se poseront en cas de réciplanté attaquent l’organisme du
dive. On peut également se demander s’il sera possible de bien receveur.
comprendre les mécanismes qui contrôlent les processus de dif-Récidive: Réapparitiond’une férenciation des cellules souches. Si ces processus ne sont plus maladie. sous contrôle dans l’organisme du patient, il y a risque de déve-
loppement d’un cancer. Le champ des problèmes potentiels est encore loin d’être circonscrit. Cela a été mis en évidence par les échecs des expérimentations cliniques de la thérapie des cellules souches sur des patients parkinsoniens. Il faut également signaler ici les problèmes éthiques que soulèvent les expérimentations médicales sur des personnes. Ils ne sont cependant pas spécifiques aux cellules souches.
L’augmentation des coûts de la santé est un autre domaine problématique non négligeable. Il convient d’évaluer les coûts que — S. 21 —pourraient engendrer les différentes thérapies et de voir s’ils ne
risquent pas d’aggraver les problèmes d’égalité d’accès aux so-
ins. Il est trop tôt pour faire des pronostics précis sur ces ques-
tions. Toutefois, on peut aussi imaginer que certaines formes de
la thérapie des cellules souches pourraient remplacer des formes
plus onéreuses (et éthiquement plus problématiques) de méde-
cine de la transplantation.
Dans les discussions sur les possibles applications médicales de
la recherche sur les cellules souches, on perd souvent de vue
l’importance de ses apports aux connaissances scientifiques de la
biologie fondamentale. La recherche sur les cellules souches con-
tribue à comprendre les processus du développement et de la dif-
férenciation cellulaire chez l’animal et chez l’être humain. Dès
maintenant, ses découvertes servent à produire des modèles ani-
maux pour les recherches sur les pathologies humaines et ani-
males. Sur le plan éthique, on est ici confronté à des questions
d’éthique animale, qui ne se distinguent pas fondamentalement
des questions touchant déjà au génie génétique. Par ailleurs, les
cultures de cellules obtenues à partir de cellules souches pourrai-
ent remplacer, dans le futur, certaines expérimentations faites
sur les animaux.