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Consultation 2015/79: Rapport du Conseil fédéral sur la politique de sécurité de la Suisse · 94 pages
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et à contrôler leurs frontières. La faiblesse des structures étatiques, le fait que les soulèvements contre le gouvernement ont réussi par le passé, la légitimité douteuse des frontières définies par les puissances coloniales et la résurgence d’une identité qui dépasse les frontières nationales pourraient sonner le glas de l’ordre tel qu’il a prévalu jusqu’à présent dans ces régions.
Le conflit autour du programme nucléaire iranien a pu être désamorcé par la conclusion d’un accord global entre l’Iran, les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU et l’Allemagne, en juin 2015. L’accord prévoit une restriction massive des capacités nucléaires de l’Iran en même temps que la levée des sanctions internationales à son encontre. Cet accord pourrait, s’il est réellement mis en œuvre, déclencher une nouvelle dynamique dans la région du golfe Persique, l’Iran retrouvant un rôle de premier plan ; reste toutefois le risque d’un conflit entre un Iran dirigé par des chiites et une Arabie saoudite sous autorité sunnite. La tension entre ces deux Etats est un facteur décisif dans plusieurs conflits régionaux (Irak, Syrie, Yémen).
Dans la région du Sahel, les revendications traditionnelles se mêlent aux motifs de conflits plus récents. La faible participation des minorités à l’exercice du pouvoir, les inégalités sociales et la faiblesse de l’appareil étatique alimentent souvent des tensions qui peuvent aboutir à des insurrections et des coups d’Etat. L’économie clanique et la corruption entravent le développement économique. Une aggravation des problèmes environnementaux et la croissance démographique accentuent la pauvreté, les flux migratoires, le chômage et l’exode rural. De vastes territoires échappent au contrôle étatique et les Etats ne peuvent pas garantir la sécurité de leur population. Le crime organisé dispose ainsi d’une grande liberté pour s’adonner à la traite des êtres humains, au trafic de drogues ou d’armes, aux prises d’otages et au blanchiment d’argent, et les groupes terroristes deviennent de plus en plus populaires auprès des jeunes désœuvrés dont l’avenir n’offre pas de perspectives. De tels groupes, tels qu’Al-Qaïda au Maghreb islamique, Boko Haram ou des cellules du prétendu « Etat islamique » en Libye, ont pris pied dans la région. Ils bénéficient, pour certains, du soutien financier de mouvements djihadistes situés en dehors du Sahel. L’instabilité dans la région frontalière de la Libye, de l’Algérie et du Niger, mais aussi au Mali, est particulièrement aiguë. De façon générale, le Sahel est une région marquée par l’instabilité, en dépit des efforts déployés par certains Etats, par la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest, par l’Union africaine, par les Nations-Unies et par d’autres organisations internationales.
Etats fragiles
Un problème de sécurité fondamental, en Afrique du Nord et au Proche-Orient, mais aussi dans d’autres régions, tient à la faiblesse des structures étatiques. Cela signifie que certains pays – qualifiés d’Etats fragiles – ne sont pas en mesure de répondre aux besoins fondamentaux de la population et d’assurer des fonctions étatiques, parce que leur organisation ou les moyens financiers dont ils disposent ne le permettent pas ou parce qu’ils sont déchirés par des conflits internes, d’où une faible légitimité dans la gestion des affaires politiques, une absence de l’Etat de droit et un monopole étatique partiel, voire inexistant, de l’usage de la force. Des lacunes apparaissent alors dans la sécurité dont doit bénéficier la population et dans le respect des droits de l’homme, et la croissance économique est faible. Ces dernières années, la fragilité des Etats s’est accrue en raison du développement des nouvelles technologies, de l’évolution démographique et du changement climatique.
Très souvent, le trafic de drogues et celui des armes ainsi que les violations des droits de l’homme sont à la fois les causes et les conséquences de cette fragilité et des conflits armés. Ces derniers, dans les Etats fragiles, sont généralement alimentés par des économies de guerre, ellesmêmes étroitement liées au crime organisé, à la corruption et au terrorisme. Près des deux tiers de ces Etats ont connu des conflits armés depuis 1989 et plus du 40 % sont le théâtre de nouveaux affrontements dans la décennie qui suit.