Rapport explicatif

Consultation 2013/78: Ordonnance contre les rémunérations abusives · 48 pages

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3.11.2 Echelon normatif

Les infractions aux nouvelles dispositions sont passibles non seulement d’une peine pécuniaire mais aussi d’une peine privative de liberté de trois au plus. Une peine privative de liberté de trois ans au plus représente une grave atteinte à la liberté personnelle (art. 10, al. 2, Cst.). Or, selon l’art. 36, al. 1, Cst., toute restriction grave d’un droit fondamental doit être prévue par une loi au sens formel. D’autres sanctions telles que les amendes peuvent reposer sur une ordonnance dès lors que celle-ci se tient dans les limites de la Constitution et de la loi49.

En l’occurrence, les actes punissables (dans leurs grandes lignes) et la peine encourue sont décrits par la Constitution et disposent d’une légitimité démocratique suffisante. De plus, l’art. 197, ch. 10, Cst. enjoint explicitement au Conseil fédéral d’édicter l’ordonnance de substitution nécessaire à l’exécution de l’art. 95, al. 3, Cst., ce qui confère également aux dispositions d’exécution une légitimité démocratique. La base juridique peut donc être considérée comme suffisante dans le cas présent.

3.11.3 Principes de l‘interprétation

Pour interpréter une initiative populaire, on se fonde en principe sur son texte et non sur l’intention subjective de ses auteurs. On peut cependant tenir compte des motivations éventuelles de la volonté populaire et des opinions exprimées par le comité d’initiative50. Même si les circonstances ayant mené au dépôt de l’initiative peuvent jouer un rôle dans l’interprétation, celle-ci doit avoir lieu selon les principes usuels51.

La particularité de l‘interprétation constitutionnelle réside dans l’indétermination des normes. Les mandats législatifs découlant des normes de compétence, en général relativement imprécis dans leur formulation, reflètent souvent seulement un premier consensus sur la nécessité, le domaine et le but d’une tâche de l’Etat. Face à de telles normes, il s’agit souvent moins d’interprétation que de concrétisation.

De plus, tant que le constituant n’assigne pas lui-même expressément un ordre hiérarchique à l’intérieur de la Constitution, les normes constitutionnelles sont toutes de même valeur52. Lors de la mise en œuvre des nouvelles dispositions constitutionnelles, il est essentiel de te-

bunal fédéral, saisi d’un recours en matière pénale, parviendrait à la conclusion que la norme pénale constitutionnelle ne peut être directement invoquée, les autorités pénales cesseraient par la suite de l’appliquer. 49 ATF 124 IV 23, consid. 1. 50 La relation entre droit international et droit interne, rapport du Conseil fédéral du 5 mars 2010 en réponse au postulat 07.3764 de la Commission des affaires juridiques du Conseil des Etats du 16 octobre 2007 et au postulat 08.3765 de la Commission des institutions politiques du Conseil national du 20 novembre 2008, FF 2010 2067, ch. 8.7.1.2.

51 e Voir ULRICH HÄFELIN / WALTER HALLER / HELEN KELLER, Schweiz. Bundesstaatsrecht, 8 éd. 2012, n° 130.

52 e PIERRE TSCHANNEN, Staatsrecht der Schweiz. Eidgenossenschaft, 3 éd. 2011, § 4 n° 13, § 9 n° 5; JÖRG PAUL MÜLLER, Wie wird sich das Bundesgericht mit dem Minarettverbot der BV auseinandersetzen?, in: Jusletter 01.03.2010, n° 7; voir aussi ATF 105 Ia 330 consid. 3c; arrêt du Tribunal fédéral 2C_828/2011 du 12 octobre 2012, consid. 4.2.1.