Rapport Loi
Consultation 2005/35: Article constitutionnel et loi fédérale relative à la recherche sur l'être humain · 143 pages
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être possible de faire courir des risques minimes à une personne lorsque cela peut permettre d’apporter des bénéfices importants à d’autres personnes59.
1.4.2.2 Le principe éthique de la justice
L’exclusion éventuelle des personnes incapables de discernement de la recherche est également analysée sous l’angle de la justice. L’exclusion est discriminatoire car contraire au principe de l’égalité de traitement. Si l’on tabouise cette recherche, les maladies susceptibles d’entraîner la perte du discernement (la maladie d’Alzheimer p. ex.) risquent de ne plus être suffisamment étudiées. Cela aurait des répercussions négatives sur la santé des personnes concernées, ces maladies ne pouvant pas être traitées, ou de manière insuffisante seulement (cf. ch. 1.3.2.2). Un autre argument qui s’oppose à l’exclusion des personnes incapables de discernement des projets de recherche réside dans le risque que ces projets soient délocalisés dans des pays où ils ne sont soumis à aucun contrôle. Le débat sur les catégories de personnes impliquées dans la recherche concerne également les femmes en âge de procréer. Les préoccupations pour leur santé et celle de leurs enfants conduisent souvent à exclure des études les femmes entre 15 et 50 ans. Cela risque de les priver des médicaments et des protocoles de soin les mieux adaptés à leur cas60.
1.4.2.3 Les principes éthiques de la non-malfaisance et de la bienfaisance
L’interdiction de faire du mal et le devoir de faire du bien peuvent être considérés comme les deux principes les plus fondamentaux de l’éthique. Ils se traduisent, dans le domaine de la bioéthique, par le principe de la non-malfaisance et le principe de la bienfaisance. La pesée des bénéfices et des risques inhérents à un projet de recherche est un élément crucial, avec la garantie de la libre décision du sujet de recherche (respect de l’autonomie). Pour la recherche à caractère thérapeutique, il doit résulter de cette pesée que les bénéfices escomptés et les risques et contraintes prévisibles sont dans un rapport équilibré. Si tel n’est pas le cas, il n’est pas question de demander à des personnes de consentir à participer à l’étude.
Pour les projets de recherche ne permettant pas d’escompter un bénéfice direct pour la personne qui s’y soumet, c’est-à-dire dans lesquels l’intérêt de tiers prime sur l’intérêt personnel direct, l’intervention est réputée ne pas poser de problème si les risques et les contraintes prévisibles sont minimaux. Si les sujets de recherche sont capables de discernement, on peut étendre le consentement éclairé à des risques et des contraintes plus importants. La justification de la recherche pose des questions spécifiques lorsque l’essai porte sur des personnes incapables de discernement alors que le bénéfice que l’on peut en
59 Wiegand W. y est opposé : il estime que les expérimentations sur des sujets de recherche incapables de discernement sont absolument inadmissibles parce qu’elles ne poursuivent pas de but thérapeutique concret et qu’elles ne recherchent donc pas le bien-être des personnes qui s’y soumettent ; cf. Honsell H. (éd.), Handbuch des Arztrechts, Schulthess Polygraphischer Verlag, 1994, p. 127. Seelmann K. exprime également de très fortes réserves ; cf. Drittnützige Forschung an Einwilligungsunfähigen, in: Strafrecht, Strafprozessrecht und Menschenrechte, Festschrift für Stefan Trechsel, Zurich, 2002, p. 569. D’autres auteurs sont d’un avis différent. Ainsi Fischer J., Fremdnützige Forschung und Sterbehilfe bei nichteinwilligungsfähigen Personen, in: Zeitschrift für Evangelische Ethik, 1999, 43e année., p. 111 : une intervention pratiquée sur le corps d’une personne pour effectuer une recherche utile à des tiers ne constitue pas en soi une instrumentalisation de cette personne en tant que telle ; le fait que l’on prélève du sang ou des tissus pour en faire un moyen de recherche ne fait pas de la personne elle-même un moyen ; par conséquent, rien ne justifie une interdiction générale de la recherche utile à des tiers. Cette opinion est partagée par Helmchen H., Lauter H. (éd.), Dürfen Ärzte mit Demenzkranken forschen?, Georg Thieme Verlag, 1995.
60 Cf. Hovatta O.L.L., Les femmes dans la recherche biomédicale, in: Regard éthique – La recherche biomédicale, Editions du Conseil de l’Europe, Strasbourg, 2004, p. 95-104.