Rapport Loi
Consultation 2005/35: Article constitutionnel et loi fédérale relative à la recherche sur l'être humain · 143 pages
Fedlex · Rapport explicatif · Page 23Fedlex · Rapport explicatif
thérapeutique ou diagnostique étudiée et les résultats ainsi obtenus sont comparés avec ceux d’un groupe de contrôle, auquel cette méthode n’a pas été appliquée9. Dans l’idéal, la constitution des groupes est aléatoire. Les études sont alors dites randomisées : elles permettent d’établir des statistiques sur l’efficacité d’une méthode par rapport à une autre. Dans une étude contrôlée, on peut par exemple comparer une nouvelle méthode de traitement avec une méthode déjà établie ou un placebo. Un placebo est une substance inactive (p. ex., un comprimé composé uniquement de sucre) ou un pseudo-traitement10. L’expérience montre que la participation à un essai clinique et les espoirs qui y sont associés ainsi que la prise en charge intensive du sujet de recherche produisent généralement une amélioration de l'état de santé de la personne, même si elle ne reçoit qu’un placebo : c’est ce que l’on appelle l’« effet placebo ».
Afin d’obtenir des résultats aussi objectifs et peu faussés que possible, on pratique souvent des études dites en aveugle ou en double aveugle. Dans ces essais, le sujet de recherche seul ou le sujet de recherche et le médecin ne savent pas quel est le traitement dispensé. De ce fait, les résultats ne peuvent pas être influencés par les attentes des personnes qui se soumettent à l’essai, ni par celles des médecins. Lorsqu’une nouvelle méthode de traitement ne produit pas de meilleurs résultats qu’un placebo, il n’y a pas de raison d’accepter les risques et les contraintes qu’elle comporte11.
1.3.2 Recherche sur des personnes
1.3.2.1 Introduction
Sans la recherche sur l’être humain, les connaissances en médecine et les possibilités de traitement n’auraient pas atteint le niveau élevé qui sont les leurs aujourd’hui. La recherche sur des modèles (modèles animaux, in vitro ou informatiques ; simulateurs) ne peut pas remplacer la recherche sur des personnes car les modèles peuvent réagir à des substances autrement que l’organisme complexe d’un être humain. De plus, il y a des processus physiologiques et des maladies qui ne peuvent être étudiés que sur des êtres humains car ils n’existent tout simplement pas ou se présentent très différemment chez l’animal. On peut citer en exemple le développement osseux chez l’être humain ou la maturation de la barrière hémato-méningée chez le nouveau-né. L’absorption, la répartition et l'élimination de substances dans l’organisme peut varier d’une espèce à l’autre ou d’une tranche d’âge à l’autre à l’intérieur d’une même espèce.
L’acquisition de nouvelles connaissances scientifiques sera toujours nécessaire afin de développer de meilleurs traitements pour les maladies difficiles à soigner. De plus, des
9 Les essais cliniques de produits thérapeutiques comportent quatre phases successives. La phase I consiste généralement à tester la tolérance d’un médicament sur un petit groupe de personnes en bonne santé. La phase II étudie l’efficacité et les dosages du médicament sur un groupe de 50 à 200 patients. La phase III teste la sécurité et l’efficacité du médicament sur un groupe de patients plus important (200 à 10 000 personnes). Si la phase III est concluante, le médicament est autorisé. Les essais de phase IV ont lieu après la mise sur le marché du médicament, p. ex. pour étudier des effets secondaires rares ou des interactions avec d’autres substances.
10 Johnson A.G., Surgery as a Placebo, in: Lancet, 1994, 344, p. 1140 s.; Klein S., Der Placebo-Effekt – wie der Geist den Körper heilt, in: GEO, 10 octobre 2003, p. 49.
11 L’expérience montre qu’il est impossible d’éliminer totalement les effets psychologiques. Des essais réalisés sur des antalgiques, des antidépresseurs ou des anti-hypertenseurs avec des groupes de contrôle sous placebo ont montré que les résultats obtenus avec la substance et avec le placebo ne sont pas aussi différents que prévu. Cf. Bienenfeld L., The Placebo Effect in Cardiovascular Disease, in: Am Heart J., 1996, 132, p. 1207-1221.