Rapport explicatif

Consultation 2023/91: Approbation et mise en œuvre de la Convention de Ljubljana-La Haye pour la coopération internationale en matière d’enquête et de poursuite du crime de génocide, des crimes contre l’humanité, des crimes de guerre et autres crimes internationaux · 46 pages

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« crimes contre la paix » en droit international43, mais cette ambition s’est longtemps révélée politiquement irréalisable. L’Assemblée générale des Nations Unies a défini plus précisément en 1974 un acte d’agression commis par un État44, mais les États n’ont pas réussi à s’entendre sur la définition d’un crime entraînant une responsabilité individuelle45.

Les négociations qui ont conduit à l'adoption du Statut de Rome de la CPI en 1998 n'ont pas non plus permis de surmonter les divergences d'opinions concernant la définition de l'agression en tant que crime commis par un individu. Les désaccords portaient non seulement sur la définition du crime, mais aussi sur la question du rôle que le Conseil de sécurité des Nations Unies devrait jouer dans la décision de qualifier d’agression l’acte d’un État. La Conférence de Rome a donc décidé de mentionner dans le Statut le « crime d’agression »46, mais de suspendre dans un premier temps la compétence de la Cour en la matière. Il s’agissait d’abord de définir le crime d’agression et de fixer les conditions d’exercice de la compétence de la Cour47. Les États concernés, dont la Suisse, ont confié cette tâche à la commission préparatoire de la CPI. Celle-ci a elle-même créé un Groupe de travail sur le crime d’agression (« Working Group on the Crime of Aggression »), qui s’est réuni de 1999 à 2002 et a publié le 11 juillet 2002 un document de travail réunissant les propositions des États48. À l’entrée en vigueur du Statut de Rome, le 1erjuillet 2002, l’Assemblée des États parties a constitué un Groupe de travail spécial sur le crime d’agression (« Special Working Group on the Crime of Aggression »), chargé de poursuivre les travaux antérieurs et de les mener à leur terme. Les travaux du groupe de travail spécial entre 2002 et 2009 ont impliqué non seulement des représentants des États parties, mais aussi des États non parties, des scientifiques et des membres de la société civile. Le groupe a remis les résultats de ses travaux en février 200949.

La Conférence de révision, qui avait entre autres objets le crime d’agression, s’est tenue à Kampala du 31 mai au 11 juin 2010 avec la participation de 4’600 délégués issus de 87 États parties, 32 États non parties (dont les États-Unis, la Russie et la Chine), ainsi que d’un grand nombre d’organisations intergouvernementales et non gouvernementales. Comme le Groupe de travail spécial était déjà parvenu à un accord sur la définition du crime d’agression avant même la Conférence, la négociation a principalement porté sur l’exercice de la compétence de la Cour, le rôle du Conseil de sécurité de l’ONU étant particulièrement controversé50. Finalement, la définition du crime d’agression ainsi que les conditions d’exercice de la compétence de la Cour ont pu faire l’objet d’un consensus51. La Suisse a ratifié les amendements de Kampala en

43 Confirmation des principes de droit international reconnus par le statut de la Cour de Nuremberg, document A/RES/1/95, 11 décembre 1946, paragraphe opérationnel 2.

44 Définition de l’agression, fondée sur la résolution 3314 (XXIX) de l’Assemblée générale de l’ONU,

14 décembre 1974, document A/RES/29/3314.

45 Voir FF 2014 1973 p. 1978 s.

46 Art. 5 par. 1 let. d du Statut de Rome

47 Art. 5 par. 2 du Statut de Rome

48 « 2002 Coordinator’s Paper (July) », in: Stefan Barriga/Claus Kress (éd.), Crime of Aggression Library - The Travaux Préparatoires on the Crime of Aggression, Cambridge (Cambridge University Press) 2012, p. 412.

49 2009 Special Working Group on the Crime of Aggression Report, in: Stefan Barriga/Claus Kress (éd.), Crime of Aggression Library – The Travaux Préparatoires on the Crime of Aggression, Cambridge (Cambridge University Press) 2012, p. 648; 2009 Special Working Group on the Crime of Aggression Report, in: ibid., p. 663; voir FF 2014 1973 p. 1979.

50 Pour le détail des négociations, voir Stefan Barriga, Negotiating the Amendments on the crime of aggression, in: Stefan Barriga/Claus Kress (éd.), Crime of Aggression Library – The Travaux Préparatoires on the Crime of Aggression, Cambridge (Cambridge University Press) 2012, p. 3 à 57; Claus Kress/Leonie von Holtzendorff, The Kampala Compromise on the Crime of Aggression, Journal of International Criminal Justice 8 (2010), p. 1179 à 1217.

51 Voir FF 2014 1973 p. 1979. 34/46