Rapport explicatif

Consultation 2012/118: Loi fédérale sur le casier judiciaire informatique VOSTRA (Loi sur le casier judiciaire, LCJ) · 132 pages

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La nationalité de l’entreprise ne joue aucun rôle. Il faut par contre qu’elle possède un IDE (art. 68, let. b, et 70, al. 1, let. d). Ce point est d’importance pour les entreprises étrangères qui ont commis un acte punissable (corruption, etc.) en Suisse mais qui n’ont pas d’autre lien avec les autorités de ce pays et n’ont donc jamais reçu d’IDE158. Théoriquement, ces entreprises pourraient aussi être inscrites au casier judiciaire, mais alors sur quels critères les identifier avec certitude par la suite (voir ch. 1.3.2.1) ? Il serait difficile, voire impossible, de gérer les données et de fournir des renseignements, si bien que nous avons renoncé à inscrire dans VOSTRA les entreprises qui n’ont pas d’IDE159.

Comme l’indique la let. a, les conditions précises à réunir pour qu’un jugement soit saisi sont fixées à l’art. 70 (voir le commentaire de cet article).

Let. b: une procédure pénale ouverte en Suisse contre une entreprise peut être saisie dans VOSTRA tant qu’elle est en cours160. Cela sert en particulier à clarifier d’éventuelles questions de for (voir par ex. l’art. 36 CPP).

Parmi les procédures pénales en cours, il faut distinguer entre les procédures fondées sur les art. 102 CP ou 59a CPM et celles fondées sur le droit pénal accessoire:

− Les procédures pénales fondées sur l’art. 102 CP ou 59a CPM ne sont ouvertes

que si l’infraction est un crime ou un délit – elles ne s’appliquent pas en cas de contravention (voir l’art. 102, al. 1, en relation avec l’art. 105, al. 1, CP. La situation est donc similaire à celle des personnes physiques161.

Nous renonçons également à faire une différence, dans le champ d’application de l’art. 102 CP (ou de l’art. 59a CPM), selon la catégorie d’infraction, celle-ci donnant lieu à controverse. Parmi les auteurs de doctrine, certains pensent que cet article est une simple norme d’imputation (« Zurechnungsnorm ») par rapport à la norme pénale définissant le crime ou le délit commis. D’autres estiment qu’il décrit lui-même les éléments constitutifs d’une infraction (une contravention). Un troisième courant de pensée considère qu’il s’agit d’un mélange des deux, c’est-à-dire d’une nouvelle forme de culpabilité ou d’une forme particulière de participation162. Les documents émanant du législateur historique ne fournissent guère d’indices quant à cette question. Toutefois, dans le domaine de la punissabilité subsidiaire de l’entreprise (art. 102, al. 1, CP/art. 59a, al. 1, CPM), le texte de loi a été modifié à l’instigation de la Commission des affaires juridiques du Conseil national pour préciser que le crime ou le délit commis doit être « imputé » à – soit porté au compte de – l’entreprise si toutes

158 Voir art. 3, al. 1, ch. 5, LIDE.

159 Il serait théoriquement possible que le Casier judiciaire suisse, en tant que service IDE, participe à l’attribution des IDE aux nouvelles entités IDE (art. 9 LIDE). Cependant, le simple fait qu’il le fasse permettrait de conclure que l’entreprise en question va être inscrite au casier judiciaire, si bien que l’on a renoncé à cette possibilité.

160 Sur la question de la litispendance, voir le commentaire de l’art. 23.

161 Voir le commentaire de l’art. 15, let. b. On ne saisira pas les procédures pénales en cours pour contravention menées contre des personnes physiques parce que le nombre d’affaires est bien trop grand et que cela représenterait un travail excessif; de plus, de nombreux jugements pour contraventions ne sont ensuite jamais saisis dans VOSTRA parce que la limite des 5000 francs d’amende n’est pas atteinte. Pour les entreprises, par contre, les procédures fondées sur l’art. 102 CP ou 59a CPM ne seront pas pléthoriques.

162 M.A. Niggli/D. Gfeller, BSK Strafrecht I, op. cit, ad art. 102 n° 35 ss (avec d’autres références); S. Trechsel/M. Jean-Richard, in: Schweizerisches Strafgesetzbuch, Praxiskommentar, S. Trechsel et al (Ed.), 2008, ad art. 102 n° 7.