Rapport explicatif

Consultation 2023/86: Modification de la loi fédérale sur le service civil · 26 pages

Fedlex · Rapport explicatif · Page 9Fedlex · Rapport explicatif

durée supérieure comme un élément de la preuve par l’acte15. La discussion s’est rouverte lors de l’introduction du régime de la preuve par l’acte, le 1er avril 2009, qui a donné lieu à une procédure d’admission sans audition confiée à une commission d’admission16. Cette modification a certes permis de renoncer à l’exposé et à l’examen des motifs d’une demande d’admission au service civil, mais pas à l’obligation de déclarer l’existence d’un conflit de conscience, ce qui réaffirme le principe selon lequel il n’y a pas de libre choix entre le service militaire et le service civil de remplacement17.

Le Conseil fédéral ne remet pas en question le régime de la preuve par l’acte18, tout en sachant qu’aucune procédure d’admission au service civil n’est en mesure de garantir que seules des personnes ayant un conflit de conscience seront admises. Même un examen de conscience ne le pourrait pas, et il n’empêcherait pas non plus l’inverse, à savoir qu’un requérant soit débouté en dépit d’un réel conflit de conscience. Lors de l’examen de conscience, ce n’est pas la conscience elle-même qui est examinée

– puisqu’il n’est pas possible de l’évaluer de l’extérieur –, mais uniquement l’exposé crédible des motifs de conscience invoqués. Il est donc possible qu’aujourd’hui, pour une partie des requérants, aucune raison de conscience ne soit en question lors de la déclaration du conflit de conscience, tout comme il se peut qu’une personne en butte à un conflit de conscience aurait subi un échec lors l’« ancien examen de conscience ». C’est en connaissance de cause que les Chambres fédérales ont adopté le régime de la preuve par l’acte19.

Par ailleurs, le Conseil fédéral observe, en se fondant sur la situation dépeinte dans son message du 20 février 201920, que le nombre de personnes astreintes au service civil continue d’augmenter et correspond aujourd’hui à plus de la moitié de l’effectif réglementaire de l’armée. Le nombre d’admissions au service civil de personnes aptes au service militaire est en permanence élevé et correspond, bon an mal an, à peu près à l’effectif moyen d’une brigade des Forces terrestres de l’Armée suisse.

• Le Conseil fédéral juge problématique que le service civil ne constitue plus, dans la réalité, une exception à la règle de l’obligation de servir. Il est devenu un phénomène de masse qui engendre des frais d’exécution et qui a des conséquences pour l’économie nationale, la durée du service civil étant plus longue.

Le Conseil fédéral constate également qu’un tiers environ des admissions au service civil concernent encore des personnes qui ont déjà accompli une partie importante de leur obligation de servir dans l’armée. Le calcul de la durée du service civil repose également pour ces personnes sur un facteur uniforme de 1,5 pour les services d’instruction non accomplis selon la législation militaire, quel que soit le moment de leur admission. En fonction des jours d’instruction déjà accomplis dans l’armée, le principe d’un service civil de remplacement d’une durée supérieure (art. 1 LSC) est de facto

15 Concernant les fonctions de la durée du service civil ordinaire évoquées dans le message du 22 juin 1994, cf. FF 1994 III 1597 1627 à 1629.

16 FF 2008 2707

17 FF 2008 2379 2393. Dans leur avis du 28 mars 2006, Pierre Tschannen et Beatrice Hermann constatent également que la Constitution ne permet pas un libre choix entre le service militaire et le service civil de remplacement et que, sans conteste, le Conseil fédéral et le Parlement n’ont pas voulu un tel choix (Tschannen, P. & Hermann, B. [2006]. Verfassungsmässigkeit eines Tatbeweises als Zulassungskriterium zum Zivildienst. VPB/JAAC/GAAC/PAAF 2007[4], 122-149, 146).

18 Il a récemment rejeté l’approche consistant à réintroduire une commission d’admission chargée d’examiner la crédibilité d’un conflit de conscience dans son rapport du 4 mars 2022 sur l’alimentation de l’armée et de la protection civile (partie 2 : possibilités de développement à long terme du système de l’obligation de servir ; FF 2022 665, 50/70). Voir également l’avis du Conseil fédéral du 18 mai 2022 sur l’interpellation 22.3171 « Conséquences du rétablissement de l’examen de conscience après l’école de recrues » (https://www.parlament.ch/fr/ratsbetrieb/suche-curia-vista/geschaeft?AffairId=20223171).

19 Voir également le deuxième rapport du Département fédéral de l’économie (DFE) sur les effets du régime de la preuve par l’acte dans le service civil, adopté par le Conseil fédéral le 27 juin 2012, p. 9 (https://www.newsd.admin.ch/newsd/message/attachments/27336.pdf).

20 FF 2019 2429