Rapport explicatif
Consultation 2009/46: Rapport et avant-projet relatifs à la modification du code pénal suisse et du code pénal militaire concernant la mise en œuvre de l'art. 123b Cst. sur l'imprescriptibilité des actes d'ordre sexuel ou pornographique commis sur des enfants impubères · 28 pages
Fedlex · Rapport explicatif · Page 24Fedlex · Rapport explicatif
(l’art. 48, al. 1, let. e, CP n’est pas applicable) et celui-ci est lié par le minimum légal de la peine prévue pour l’infraction en cause ;
- si le jugement intervient après le délai de prescription ordinaire : l’écoulement du temps
peut être pris en considération par le juge pour diminuer la peine, celui-ci n’étant pas lié par le minimum légal de la peine prévue par l’infraction en cause (art. 101, al. 2, en relation avec l’art. 48a CP).
Au demeurant, cette réglementation est compatible avec l’art. 123b Cst., puisque ce dernier ne traite pas de la problématique de la fixation de la peine.
4.9. La modification éventuelle d’autres lois
L’adoption d’une modification législative au niveau constitutionnel ne déploie que très rarement des effets limités. Elle a bien souvent des répercussions sur d’autres dispositions ou législations. L’examen qui va suivre vise donc à déterminer si et dans quelle mesure l’avant-projet implique une ou plusieurs modifications d’autres dispositions légales91.
4.9.1. Code des obligations
L’art. 60, al. 2, CO prévoit que les délais de prescription de l’action pénale s’appliquent à l’action en dommage-intérêts s’ils sont plus longs que ceux prévus par l’art. 60, al. 1, CO. L’art. 60, al. 2, CO a pour but d’étendre la possibilité du lésé d’agir sur le plan civil contre l’auteur d’une infraction pénale et repose sur l’idée qu’il serait illogique que le lésé perde ses droits aussi longtemps que le responsable demeure exposé à une poursuite pénale généralement plus lourde de conséquence pour lui : l’enchaînement des deux alinéas révèle la volonté d’empêcher que l’action civile ne se prescrive aussi longtemps que la prescription n’est pas acquise92. Ces considérations sont également valables lorsque l’infraction en cause est imprescriptible au sens de l’art. 101 CP93. Dès lors, la mise en œuvre de l’art. 123b Cst. va permettre en tout temps aux victimes d’atteintes à l’intégrité sexuelle durant leur jeune enfance non seulement de dénoncer les infractions pénales qu’elles ont subies, mais également de déposer une demande de dommage-intérêts à l’encontre de l’auteur.
Précisons encore que dans le cadre de la mise en œuvre de la motion de la CAJ-CN94, il est prévu de procéder à un examen général des délais de prescription du droit de la responsabilité. Dans ce contexte, la relation entre les délais de prescription du droit privé et du droit pénal sera également analysée.
4.9.2. La loi sur l’aide aux victimes d’infractions
Les prestations fondées sur la LAVI sont réservées aux victimes au sens de l’art. 1 LAVI et ne dépendent pas de l’existence d’un jugement pénal. Est une victime au sens de l’art. 1 LAVI toute personne ayant subi une atteinte directe à son intégrité physique, psychique ou sexuelle. Les proches de la victime (conjoint, enfants, parents, etc.) peuvent également bénéficier des prestations prévues par la LAVI. La reconnaissance du statut de victime ouvre le droit aux prestations prévues par les art. 12 à 16 (aide fournie par les centres de consultation et contribution aux frais) et 19 à 23 (indemnisation et réparation morale) LAVI. Tandis que les prestations prévues par les art. 12 à 16 LAVI sont illimitées dans le temps, celles prévues par les art. 19 à 23 LAVI sont soumises à un délai de
91 Voir ég. ch. 3.3.3.
92 P. Scyboz/P.-R. Gilliéron, Code civil suisse et code des obligations annoté, 8ème éd., Bâle 2008, p.
66 ; voir ég. ATF 131 III 430, c. 1.2 et la jurisprudence citée.
93 ATF 132 III 661, c. 4.3 ; R. K. Däppen, in : H. Honsell (éd.), Obligationenrecht, Art. 1 – 529, Bâle 2008, n° 14 ad art. 60.
94 Motion CAJ-CN (07.3763 ; Délais de prescription en matière de responsabilité civile).