Rapport explicatif
Consultation 2009/45: Modification du code pénal et du code pénal militaire concernant l'utilisation de symboles à caractère raciste · 29 pages
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Les symboles des milieux d’extrême gauche risquent de poser des problèmes similaires. Ces mouvements comprennent notamment la Reconstruction révolutionnaire suisse (RAS ; symbole : étoile à cinq branches sur bande rouge) qui est le mouvement le plus influent dans le milieu, la Coordination anti-OMC et le Bloc noir dont les adeptes portent des vêtements noirs, une cagoule et divers symboles parmi lesquels figurent des drapeaux, transparents ou étoiles rouges, noirs, noir et rouge ou arborant le symbole anarchiste (lettre A entourée d’un cercle).
Par ailleurs, il est d’autant plus important de rédiger une norme pénale le plus précisément possible lorsque l’acte visé relève d’un domaine protégé par un droit fondamental essentiel pour la démocratie – la liberté d’expression.
3.2.3.2 Liberté d'expression
Nul ne contestera que la liberté d’expression fait partie des droits de l’homme qui occupent une place prépondérante sur le plan international. Ce droit fondamental est essentiel au bon fonctionnement d’une société démocratique. Il est d’ailleurs expressément garanti par l’art. 16 Cst. et par l’art. 10 de la Convention européenne des droits de l’homme (CEDH)60. La liberté d’expression ne vaut néanmoins pas de manière absolue, ni sur le plan national, ni sur le plan international. D’un point de vue constitutionnel, il est incontesté qu’aucun droit fondamental ne bénéficie d’une absolue primauté. Selon l’art. 36 Cst. et l’art. 10, al. 2, CEDH, les restrictions à la liberté d’expression sont admissibles aux conditions suivantes:
● les restrictions des droits fondamentaux doivent être fondées sur une base légale. Les restrictions graves doivent être prévues par une loi. Les cas de danger sérieux, direct et imminent sont réservés;
● ces restrictions doivent être justifiées par un intérêt public ou par la protection d’un droit fondamental d’autrui;
● elles doivent être proportionnées au but visé ; l’essence des droits fondamentaux est inviolable.
Une norme pénale telle que celle que demande la motion de la CAJ-N pourrait être un moyen de mieux protéger la paix publique ou la dignité de l’homme en Suisse. Mais on peut se demander si la restriction de la liberté d’expression qu’elle implique serait une atteinte trop grande. Contrairement ce qui se passe en Allemagne61, les symboles de groupements seraient interdits sans que les groupes eux-mêmes soient interdits. En Suisse, on doit pouvoir aussi remettre la démocratie en question, discuter sur les droits de l’homme ou sur l’Etat de droit. Selon le Tribunal fédéral62, dans une démocratie, il est d’une importance centrale
<http://www.fedpol.admin.ch/etc/medialib/data/sicherheit/bericht_innere_sicherheit.Par.0043.File.t mp/f_s01_s92.pdf>.
60 RS 0.101.
61 En Allemagne, l'utilisation de symboles nationaux-socialistes comme la croix gammée et autres symboles nazis est sanctionnée par le paragraphe 86a du code pénal allemand. Selon cette disposition, est punie d'un emprisonnement pouvant aller jusqu'à trois ans ou d'une amende toute personne qui, en Allemagne, diffuse les symboles caractéristiques des partis ou des associations visées au § 86, al. 1, ch. 1, 2 et 4, du code pénal ou les utilise en public, dans une réunion ou dans les publications qu'elle distribue ou encore produit, prend en dépôt, importe ou exporte des objets représentant ou contenant de tels symboles dans le but de les diffuser ou de les utiliser en Allemagne ou à l'étranger.
62 ATF 131 IV 23.